PREFACE.
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Il ne m’a pas non plus été poíïìblerde voir fans indignation d’autres Intendans, quiconnoissant le bien qu ils pouvoient faire, ont eu la lâcheté de le dissimuler dans la craintede nuire a leur fortune . mais outre que la mauvaise opinion qu’ils ont euë du Muni-stère supérieur est digne de blâme, s ils avoient eu quelque humanité, ils auroient eon-lìdere que la miíere des Peuples, inutilement preíente a leurs yeux, trouvoit alors uneoccasion favorable de se peindre à Pesprit d’un jeune Prince, naturellement juste & pi-toyable, qui ne l’auroit jamais oubliée, & qui auroit entrepris quelque jour de la sou-lager. Que dire enfin de ceux que Pinapplication, ou la paresse, la dissipation du jeu,de la chasse & des plaisirs, ou Pignorance & Pincapacité, ont empêché de dresser desMémoires raisonnables & dignes du Prince auquel ils ont été présentez ? cependant ilfaut avouer que le plus grand nombre est de cette derniere elpêce, & je mets en fait,que nul de ceux qui les aura lûs, n’en pourra disconvenir. C’étoit donc une nécessitéindispensable de redresser de tels Mémoires, tantôt par le changement du Texte & desmatières, tantôt par une réfutation sérieuse des erreurs qu’ils contiennent, tantôt par lavoye de l’ironie & de la réduction à l’absurde ; méthode la plus aisée à l’égard de telsEcrivains.
Il a été véritablement bien fatal au juste dessein de nôtre Prince & bien malhûreuxpour la Patrie, que les intendans en fonction dans les trois dernieres Vannées du Siècle * 169passé, qui ont été celles de la Composition des Mémoires dont il s’agit, se soient rencùn- 169
trez generalement dans des dispositions si peu convenables à l’avantage de l’une & à1 éxecution de Pautre : mais s’il est permis de raisonner sur l’événement, je dirai que jene puis croire que cë soit l’esset d’un dessein particulier, puis qu’à considérer la maniérédont les Intendances font distribuées & la disposition du Corps, dont on tire les Inten-dans, il est moralement impossible qu’ils ne soient tous, ou la plupart, de Pun des ca-ractères que j’ai représentez.
^On jugera peut-être que cet exorde est trop violent: mais si malgré ìa vivacité d e1 expression on y reconnoit que je n’éxpose que des véritez sensibles à toute la France,c àoit inju e e les attribuer a une passion particulière, ou à une prévention malignetre mon Siécle. Je cherche la vérité & je tâche de Péxposcr avec candeur & avecíorce ; autant à la gloire du Monarque qu'à Futilité de la Patrie ; ces deux objets étantinséparables dans mon idée.
Tous les hommes conviennent, qu’il n’est point de science plus haute que celle duGouvernement, mais qu’il n’en est point aussi où les erreurs soient d’une plus dangereuse
nséquence. De sorte, que comme il est moralement impossible que la pratique du^ouvernement réussisse à celui qui l’éxerce sans règle & fans théorie, il en faut conclurequ ne point aussi de science, qui doive être cultivée par les Citoyens avec tant d’ar-
* CUr ’ ^ rCC et " Che ’ de tmvai1 & de méthode, & dont les dissérens systhèjmes doiventetre reçus a\ ec tant de bienveuillance de la part des Rois & de leurs premiers Ministres,puis qu’il s’agit du bonheur commun.
Mais quand j’ose assurer, que la Magistrature des Intendans ruine Pancienne reco-nomie de l’Etat ; qu’elle détruit les liens sacrez de la Société, nous réduisant à vivreattentifs à nos seuls intérêts, c’est à dire, dans les dispositions où font les sauvages à Pé-gard les uns des autres ; qu’elle épuise toutes les ressources du Royaume, ne laissant é-chapper que leurs créatures à la rigueur des impositions arbitraires, & que par consé-quent elle est encore plus nuisible aux véritables intérêts du Roi qu’à celui des sujets :j ne prêtens pas imposer silence a ceux qui soutiennent que les mêmes Magistratures des
Intendans
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