XXVI
PREFACE.
VI. Ces Peuples demeurèrent fidelles & attachez aux Romains aussi long teins qu’iRle purent être avec sûreté. Ils en donnerent une preuve éclatante, lors que refusant(jr) Greg. d’entrer dans le détestable projet de (b) Stilicon, qui appeloit tous les Barbares à la ruineLiv. II.’ de l’Empire, ils s’oppoferent au passage des Wandales, conduits par Godegille & le tu-Tro'cope & erent en bataille, en Pan 407, ou 408 : mais les Romains reconnurent mai un íi grandvíígnVo ^ erv * ce > ^ors que RespandiaJ, Roi des * Alains, allié de Codegilie, étant venu venger* Peuples s a mort avec une armée formidable, il se jetta sur les Francs de Germanie avec tant deginaírê?dë violence, qu'il les obligea d’abandonner les plaines de leur païs, pour se retirer dans lesSarmatie bois & les marécages, ou dans les terres des Ripuaires. Car les Romains jugeant quetíiie. eSCy cette augmentation d’habitans dans les terres d’au deça du Rhin, les feroit refluer versle centre de leurs Provinces, ne voulurent écouter ni leurs plaintes, ni leurs raisons ; ilsdéfendirent opiniâtrement les bords de leurs rivières & chassèrent ces Francs malhûreux,qui ne souffroient que pour être entrez dans leur querelle. Toutefois comme ils nepouvoient donner une attention continuelle à cet objet, les Ripuaires reçurent parmi euxun grand nombre de ces Francs Etrangers ; ce qui les unit d’intérêt avec ceux qui é-toient au delà du Rhin & facilita depuis le passage du plus grand nombre. Mais commecette union étoit opposée au véritable intérêt des Romains, ils la traversèrent partous les moyens possibles, comme nous le verrons ci-après. Enfin quand, au bout dequelques années, les Romains se virent accablez, ils se servirent de cette union mêmepour se soutenir encore quelque tems, & je rapporte à ce principe les secours qu’en tirale Tyran Eugene contre Theodoze.
VII. La simplicité des François ne les empêcha point, durant cetems-là, de se con-duire avec politique & prudence ; l’intérêt suppléant aux lumières de l’efprit & de l’é-ducation. Nez dans un païs disgracié de la Nature, dans lequel même ils ne jouïssoientd’aucun repos, ils voyoient avec convoitise l’abondance & la tranquillité qui étoit del’autre côté du Rhin ; mais n’étant pas assez forts pour s’y faire un passage malgré lesMaîtres, ils sçûrent enfin s’en faire agréer & leur rendre d’assez bons services, pour entirer part de leurs meilleures terres ; ils ne sacrifièrent même à un si grand avantagequ’une petite partie de leur liberté, puis qu’ils y conservèrent leurs Loix & leur lan-gage & fur tout le droit de fe choisir des Chefs.
VIII. Enfin quand ils virent l’Empire ébranlé de toutes parts, Rome même aban-donnée de son Prince, prise & reprise par les Goths, les barrières forcées dans toutes lesfrontières, les Gaules en proye aux Wisigoths, aux Bourguignons & ensuite aux Huns ;ces éxtrémitez firent justement craindre aux François de fe voir bien-tôt dépouillez deshûreux païs qu’ils possédoient sous la protection des Romains ; ils ne balancèrent pasalors à écarter l’idée des injures qu’ils en avoient reçûës & à employer leurs forcescontre les ennemis de l’Empire, non pour le rétablir dans un état de vigueur, qui lescontraignit même à une soûmission involontaire ; mais pour le conserver dans une dis-position moyenne, qui les rendant toujours néceíïàires, engageât toujours les GénérauxRomains à les traiter favorablement.
Cependant la défaite d’Attila n’ayant point rétabli les affaires des Romains, lesFrançois sçûrent prendre auíli-tôt un parti contraire & convenable à leur intérêt ; ce
5 à