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Tome premier.
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XXVII
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P R E F A C

XXVJI

fut de profiter de l’occaston pour avoir la meilleure part de leurs dépouilles. Ainsirenouvellant à propos le souvenir des anciennes injures, fans attendre de nouveaux pré-textes, ils devinrent les ennemis de ceux qu’ils défendaient auparavant. Voilà ce quej’ai cru devoir observer touchant l’origine de la premiere fortune de la' Nation Fran-çoise en général.

Ce fondement posé, je viens au détail de l’Histoire, que j’abrêgerai autant qu’il ferapossible, tant parce que les événemens en font presque tous connus, que parce que jeme propose de m’étendre davantage par rapport aux Réflexions que l’on y peut faire.

On est d’abord surpris, en lisant nos anciens Auteurs, de les trouver prévenus d’unechimere aussi vaine que celle de chercher l’origine de la Nation Françoise en PhrygieLc dans les ruines de Troye, sans qu’on en puisse alléguer aucun fondement probable,si l’on ne veut étendre jusqu’en Afie, ce que Grégoire de Tours a dit que de son temsplusieurs croyaient que les François étaient sortis de la Pannonie. Mais on voit mani-festement que cet Auteur n’a pas appuyé fur cette opinion, s’étant contenté de la rap-porter simplement, suivant le devoir d’un Historien fidelle. En effet, il est évident queles différens Peuples, qui ont pris le nom de Francs ou François , comme celui d’unesociété & d’une alliance, font st anciens dans la Germanie, qu’ils ont été connus deTacite, & quelques-uns de Jules-Céfar : de forte que supposant qu’ils fussent réellementsortis de la Pannonie, ils l’auroient été dans-un tems inconnu & dont il ne parait re-ster aucune mémoire en celui de Grégoire de Tours.

D’ailleurs, il est vraisemblable que les Anciens ont confondu dans la prononcia-tion les noms de Frise & de Phrygie ; erreur qui de la langue a aisément passé dans ré-criture, chez des gens aussi peu Grammairiens que l’étoient nos anciens Ecrivains ;lesquels ont cru illustrer infiniment l’origine de nôtre Nation, en la faisant descendrede Priam & d’Antenor, comme a fait l’Auteur des Gestes des François ou de Francion,ou comme le Moire Aimoin. Dans le fait, il est certain que la Frise, non renferméeaux derniers rivages du Rhin & de la Mer d’Allemagne, comme elle l’est aujourd’hui,mais considérée dans son ancienne étendue, habitée par les Sìcambres , les Ampjìvariens,les Chamavc-s, Brueteres , &c ; a été le véritable berceau de la Nation Françoise. Ainsije ne crois pas que l’on puisse donner de fondement plus probable à l’idée des Fran-çois sortis de Phrygie, que la confusion faite de ces deux noms.

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