8 Mémoires Historiques.
Childe- Dès que la nouvelle de la mort d’Aegidius parvint à Odoacre, il conçût l’efperancede se rendre maître de la Gaule Occidentale & dans cette idée il se fit reconnoître à An-gers & dans les villes voisines, dont il emmena des otages en se retirant vers l’embou-chure de la Loire, où il avoit établi son fort. Mais le Comte Paul avec ses Romains& les Francs de Siagrius, ayant marché d’abord contre lui, l’obligea de revenir à An-gers fur fa flotte, toute composée, selon l’usage de ce tems-là, de bâtimens très-legers.D'autre part, Childeric avec son armée se mit à la suite du Comte Paul, à dessein del’enfermer entre deux ennemis ; il l’atteignit près d'Angers, lui livra bataille, le tua defa main & se rendit maître de la place, où l’Eglise Cathédrale fut brûlée par malheur :après quoi, soit que Childeric se joignit aux Romains & à Siagrius, soit que les laissantagir seuls, Odoacre fut repoussé jufqu'au lieu de fa retraite accoûtumée, les Romainsayant tué grand nombre de ses gens & les Francs ayant forcé la plûpart des Ifles où ilsse retiroient ; en cette éxtremité il rechercha l’alliance de Childeric, qui le ramena &ses troupes fur le bord du Rhin où il lui étoit survenu des affaires íì importantes qu’ilfut obligé de lâcher ses Conquêtes éloignées pour conserver son propre païs, je veux direcelui des Ripuaires & ce qu’il occupoit dans la Belgique.
Un effroyable multitude d’Allemands, après avoir ravagé cruellement toute l’Ita-lie & éteint l’Empire d’Occident, étoit rentrée dans les Gaules pour faire les mêmesdésordres, & ce torrent avoit déja désolé plusieurs Provinces dans le voisinage du Rhône,lors que Childeric, joint aux Saxons, les combattit avec tant de succès, qu’en ayant tuéune grande partie, il subjugua le reste & le soûmit aux François ; c’est à dire, les ré-duisit en esclavage.
La Narration de Grégoire de Tours, dans le récit de ces événemens, est tellementserrée, que l’on pourroit imaginer qu’ils sont arrivez en un assez court espace de tems ;mais comme la victoire fur les Allemands doit être postérieure à l’an 476. qui est celuide leurs incursions en Italie, on juge aisément que c’est un défaut de stile & de mé-thode d’autant plus sensible que l’on volt bien qu’il a voulu caractériser quelques-unesdes années de cette guerre, savoir celle de la mort d’Aegidius, par la désignation d’unemaladie epidemique qui courut alors, & par celle de la guerre que firent les Gotsaux malhûreux Bretons qui s’étoient établis dans la Province de Bourges & qui furenttaillez en pièces au bourg de Deols, que Grégoire de Tours nomme Dolensis ìn Biturì-ca -, & encore celle de la ruine des Isles de la Loire, où les Saxons avoient leur re-traite, par la remarque d’un éxtraordinaire tremblement de terre qui arriva cette an-née-là.
On volt au reste que malgré la continuité des guerres & la férocité du naturel & del’éducation de Childeric, ce Prince donnoit son application au gouvernement du paisdont il étoit devenu le maître & qu’il y établissoit des Gouverneurs dignes du Com-mandement ; détruisant toutefois l'ordre & la jurisprudence Romaine. C’est ce que nousapprend la Lettre de Sidonius Apollinaire, écrite à Arvogast Comte de Trêves, aucommencement de son Episcopat, c’est à dire, en 472 ou 473, où entr’autres choses il dità la louange de son éloquence Latine: Potor Mofellae , Tyberim rucîas . & fi apuà
limitetn ipfium Latina jura ceciderunt , verba non titubant . D’ailleurs on sçait que le fidelle"Wiomade fut le perpétuel Ministre ou Conseiller de ce Prince.
Mais ce qu’il y a de plus bizarre dans la conduite de ce Childeric, ce sont ses Amoursavec Bazine, femme de Bizin, Roi de Turinge, qui lui avoit donne retraite. On peutjuger par-là quelle étoit la règle des mœurs de ces Nations barbares & que pour mé-riter parmi elles l’estime publique, il suffisoit d’être hardi, quoique déshonoré par l’in-gratitude & l’injustice. Fredegaire, le Gesta Francorum & autres Auteurs, racontentnéanmoins la chose le plus favorablement qu’ils peuvent, en disant que ce fut Bazinequi quitta son mari pour se joindre à Childeric & qu’elle le fit par une singulière estimede fa valeur : à quoi ils ajoutent qu’étant grandç Magicienne, la premiere nuit qu’elle
passa