14 Mémoires Historiques.
Clovis I. ctere à chercher le faste ou le spectacle : mais les idées du Christianisme purent lui per-suader que la concession de l’Empereur rendroit sa possession légitime. D’ailleurs ilétoit bien aise d’ôter aux Gaulois tout prétexte de lui refuser obéissance : mais il est pro-bable que son motif principal étoit d’acquérir un droit, de quelque espèce qu’il pût être,sur les autres Rois de fa propre Nation, qu’il souffroit avec impatience & jaloufie. 11se rendit donc à Tours & reçût dans l’Eglise de S. Martin une espèce d’Investiture deces dignitez. Après quoi il parut en public revêtu des habits de cérémonie, quel’usage de l’Empire d’Orient leur avoit rendu propres ; & l’Histoire remarque quecette installation religieuse lui concilia de plus en plus l’esprit des peuples. Je ne puistoutefois m’empêcher de souscrire à l’opinion de ceux qui pensent qu’il se fit tort, ensoumettant à l’Empire, par cette cérémonie, le droit qu’il ne devoir qu’à sa propre va-leur & à celle de sa Nation. On peut encore remarquer en passant que l’histoire de laSainte Ampoule, descendue miraculeusement du Ciel & la vision de la Bannière, seméede fleurs de Lys, revelée à l’Hermite de Joyenval, s’accordent mal avec ce fait ; d’ail-leurs véritablement rapportée par Grégoire de Tours, qui lui donne une autorité noncontestée. De Tours, Clovis se rendit à Paris, qu’il déclara en même tems Capitalede ses Etats.
Clovis, en quittant la Gothie avoit laissé le commandement de ses Troupes à son Filsaîné Thierry, dont il avoit déja éprouvé la valeur & la conduite & qu’il étoit bien aiseque les Francs s’accoutumassent à regarder comme Général. Celui-ci assiégea Carcas-sonne, en intention de couper aux Wisigots de France la communication de l’Espagne,dont ils tiroient tous leurs secours : mais il eut le malheur d’échouër devant cette place,& c’est la premiere que les François eussent assiégée. Ce qui fait juger que leurs pro-grès eussent été moins rapides, s’ils eussent eu plusieurs lièges à faire, dans le commen-cement de la Conquête.
Thierry cherchant après cela à rétablir la réputation de ses armes, osa passer le Rhône& assiéger la ville d’Arles, résidence ordinaire des Rois Wisigots, & où le jeune RoiAlmaric s’étoit retiré. Nouvelle disgrâce, il fut encore obligé de lever ce siège, nonseulement par la résistance des Assiégez, mais à l’arrivée du secours de Théodoric, Roid’Italie, envoyé aux Wisigots. Cela se passa en la même année 508, marquée dansla Chronique de Cassiodore par le Consulat de Venantius & de Celer.
Les Ostrogots, Conquérans de l'Italie, étoient de la même Nation que les Wisigotsde la Gaule & par cette raison intéressez à leur conservation ; mais de plus, la Provenceleur appartenoit, & l’entreprise de Thierry sur la ville d’Arles, leur devoir naturelle-ment faire appréhender que ce jeune Prince ne songeât à les dépouiller. Outre cela,Théodoric avoit accepté la tutèle du jeune Roi Almaric, fils d’Alaric tué par Clovis àPoictiers ; raison plus que suffisante pour l’engager à prendre la défense d’un Mineurconfié à sa générosité. II envoya donc une puissante armée sous la conduite du ComteIbas, laquelle poussa les François & leur fit perdre 30000. hommes. Cassiodore parlede cette victoire des Ostrogots comme fi elle avoit détruit le nouveau Royaume desFrançois. Enfin Procope ajoute à tous ces événemens que la paix se fit entre Clovis& Théodoric aux conditions de faire une guerre aux Bourguignons & de partager leursdépouilles : mais ce projet n’eut pas d’éxécution ; Clovis s’étant donné un autre genred’occupation pour prévenir les guerres du dedans qui lui faisoient appréhender de nepouvoir conserver, ni les conquêtes communes à la Nation, ni fa propre fortune. IIjugea donc que le moyen le plus efficace pour parvenir a cette fin, etoit de réunir lesFrançois fous un même Chef, en se défaisant de tous les Capitaines qui prenoient le ti-tre de Rois. En effet, il les surprit les uns âpres les autres & les fit tous mourir, lanscrainte de souiller sa réputation par les trahisons les plus noires, ni de bleíîer la Reli-gion qu’il professoit. II fit tuer son ancien Allié Sigebert, Roi des Ripuaires Nerviens,& son Fils, après les avoir engagé d’entrer dans les ordres sacrez pour sauver leur vie ;
l il