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Tome premier.
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Mémoires Historiques. 13

Former un plan dans la fuite, puis que c’est l’endroit le plus essentiel, quoique le plus Clovis hdéfectueux & le moins éclairci de nôtre Histoire.

Quel qu’ait été l’ordre nouveau, établi par le Conquérant de la Gaule, on peut as-surer qu’il ne fut pas également au gré de tous ses habitans. Plusieurs y perdirent unepartie de leurs biens & tous en général ce qu’ils appeloient leur Liberté : quoiqu’aufond ce qui leur en restoit fous la domination Romaine fut plus chimérique que réel.

De-là fe formèrent quelques mécontentemens réciproques ; mais les Magistrats Fran-çois furent si vigilans & si éxacts, que tous ceux qui auroientpûfe rendre Chefs de par-ti parmi les Gaulois, furent obligez à s’éxiler eux-mêmes fur les terres des Wisigots ;

& ceux-ci espérant profiter de ces mouvemens, leur donnerent retraite & sûretéen attendant les occasions. En cet état Clovis, accoutumé à la hauteur, rede-manda les Réfugiez, & les Wisigots les refusèrent : de sorte que les deux peuples al-loient en venir à une rupture, lors que Théodoric, Roi des Ostrogots en Italie, s’entre-mit pour les concilier. On trouve dans le Recueil de Cassiodore, plusieurs lettres qu’ilécrivoit tant à Clovis qu’à Alaric Roi des Wisigots, à Gunebault Roi des Bourguignons& aux Rois des Hernies, Guarniens & Thuringiens, pour prévenir les fuites de ce dif-férent. U y eut une entrevue des deux Rois, un traité fait à Amboife ; mais tout celane différa la guerre que de peu de mois. Car les Poictevins s’étant révoltez fous laconduite de Saldebrodus contre leurs Maîtres Ariens, celui-ci fe jetta d’abord fous laprotection de Clovis, qu’il invita à venir en personne recevoir de nouveaux sujets quivouloient fe donner à lui.

Alaric II. règnoit alors chez les Wisigots, lequel n’eut pas plutôt reçu avis de l’in-disposition des peuples, qu’il vint avec une armée s’assurer de la ville de Poictiers.

Clovis de fa part ne fit pas moins de diligence, & fort passage de la Riviere de Vi-enne est rapporté dans les Chroniques de Poictou, comme un événement miraculeux,accordé à la pureté de fa Religion. II n’en faut pas moins dire du succès de la ba-taille qu’il donna aux Wisigots au lieu de Vouglay, ìn Camp Vogladensi, que l’on croieêtre Ciraux fur la Vienne, à dix lieues de Poictiers : toutes leurs forces y furent détrui-tes & Alaric même tué de la propre main de Clovis. Après cette victoire, il assura àloisir la Religion des Poitevins ; mais il les soumit aux François par provision. Gré-goire de T ours place ce grand événement quatre ans complets avant la mort de Clovis,c est à dire, en 507, puis qu’on est certain, par les actes du Concile d’Agde, tenu le io.

Sept. 506. que l’Aquitaine entiere obéïíìoit encore alors à Alaric.

II reste quelques-unes des Ordonnances que Clovis fit à Poictiers en faveur de l’E°difeaprès fa victoire ; & il est remarquable que n’ayant pas l’usage d’un sceau Royal, il lesfit sceller du sceau de l’Evêque. De-là marchant en avant, il soumit l’Angoumois & laXaintonge : on prétend même que les murs de la ville d’Angoulefme tomberent devantlui, comme ceux de Jéricho étoient tombez devant Joftié. En fuite il passa à Bordeauxqu’il soumit fans résistance. Enfin il donna le reste de l’année à assujétir la Novempo-pulanie jufqu’aux Pyrénées, pendant que son Fils aîné Thierry, avec une autre armée,s’empara du Limousin, du Quercy & de l’Albigeois, de la Rouergue & même de P Au-vergne, qui fe feroit volontiers paíîee de Maîtres, mais qui aimoit encore mieux lezFrançois que les Wisigots, comme elle auroit préféré les Bourguignons à tous les deux.

Au commencement de 508, Clovis marcha à Thoulouze, principale ville des Etatsdes Wisigots. II la prit avec le trésor, c’est à dire, les fonds publics que l’on y amas-soit. Tous les peuples s’empresserent de le reconnoître dans l’idée de fa Catholicité*

De forte qu’il auroit entièrement chassé les Gots, s’il n’avoit interrompu fes conquêtespar un voyage qu’il fit à Tours, pour y recevoir folemnellement les Ambassadeurs del’Empereur Anastafe, lesquels lui apportoient avec les titres & les ornemens de Patrice& de Consul, le Diadème & le bandeau Royal, qui, selon lui, devoir autorizer ce qu’ilavoit dessein d’entreprendre. II ne me paroit pas cependant que Clovis fut d’un cara-