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Mémoires Historiques. 17
de cette qualité, n’auroit employé son sang & ses travaux pour faire une Conquête, Liber-qu’afin de se donner un Maître, au lieu d’un Roi, & n’auroit pensé à faire des esclaves Fr A ° E c S s „que pour le devenir lui-même ? t/VM
L’établissement d’un Magistrat supérieur est d’une nécessité absolue dans toutés lessocietez. Les François l’ont non seulement connue, comme les autres peuples de l’Eu-rope ; mais ils ont réellement établi un grand nombre de ces Magistrats supérieurs &leur ont même donné le nom de Rois, conformément à l’usage des autres Nations deGermanie. Ils leur ont donné le pouvoir de terminer les différens des particuliers, d’in-terpréter les Loìx, de distribuer les récompenses & les grâces, d’ordonner des punititíns& de veiller au bon ordre & à la police publique. Dans la fuite, ils ont choisi le pluscapable d’entre ces Magistrats pour l’établir chef des Entreprises qu’ils vouloient faire ;ils se sont rapportez à sa prudence & à sa valeur, de la conduite des plus grandesguerres ; & singulièrement à Clovis, de celle de la conquête des Gaules. Ainsi cedernier est devenu l’homme public & le Dépositaire de la puissance de la Nation, d’au-tant plus qu’il sçût éxterminer les autres Rois qui la gouvernoient encore en différensCantons, pour réunir tous leurs droits en fa personne. Voilà une grande dignité & unegrande puissance ; mais loin d’être contraire à la liberté essentielle des François, on voltbien qu’elles n’ont été accordées que pour la soutenir & la défendre. Les Rois mêmesentroient dans cet esprit, malgré le penchant où de tout tems ils ont été si sujets, d’ac-croître leur autorité aux dépens des Inférieurs : & pour preuve j'apporte le même ex-emple de ses Chartes anciennes, dans lesquelles on voit qu’ils n’appliquent pas la fidé-lité des Leudes à leur personne, mais à l’Etat ; Regni Fidelibus : c’est à dire, Fidelles àl’Etat &au Gouvernement François.
Je n’ai garde de conclure que les particuliers ne dussent infiniment aux Rois ; respect,assistance, concours & même fidélité ou obéissance à leurs ordres. Car on ne sauroitséparer le Roi de l’Etat, dont il étoit le Chef, s’il ne renonce lui-même à cette union,qui fait le titre de son autorité : mais je conclus que le François n’en étoit pas moinslibre & qu’il ne devoit à la grâce du Roi, ni fa liberté, ni ses possessions, ni l’indépen-dance de fa personne '& de ses biens. Je vais même encore plus loin & je prétens fairevoir que les Gaulois, qui devinrent véritablement les sujets des François, tant au droicde leur conquête, que par la nécessité de l’obéïssance toûjours dûë au plus fort, n’étoientpas meme sujets du Roi, si ce n'est dans les terres qui étoient à lui. En effet, le droitde seigneurie & de domination sur les hommes appartenois foncièrement aux proprié-taires des Terres où ils habitoient ; car qu’auroient fait ou pû faire les François, nou-veaux conquérans des Terres, fans hommes pour les cultiver, ou d’hommes fans terrespour les nourrir & pour en subsister eux-mêmes ? Ces hommes furent nommez Gens dePoûest, Gentes poteftatis , gens de main morte & serfs, ou sujets : mais de qui étoient-ils sujets ? sinon des Possesseurs de la Terre, qui avoient fur eux droit de fuite, droitde les revendiquer en tous lieux, même en Clericature. Ils n’étoient donc pas sujets del’Etat en général, si ce n’est dans la relation que les Maîtres, qui en étoient membres,avoient avec le corps entier de la Nation ; & par conséquent ils n’étoient pas sujets duRoi, qui n’avoit d’autorité que dans l’Etat.
Cette vérité est si certaine que dans l’usage de la Monarchie, le tiers Etat n’a com-mencé de faire corps, que lors qu’après avoir été affranchi par les Seigneurs, il est en-tré sous la protection des Rois & a prétendu se faire le sujet immédiat : entreprise danslaquelle il a été soutenu contre le droit évident des Propriétaires des terres & contre laLoi fondamentale du Gouvernement.
II est vrai toutefois qu’entre les Gaulois, non seulement il y en eut plusieurs qui con-servèrent ce qu’on appelle 1 ’Ingénuité, & qui gardèrent les terres en tout ou partie zde forte que par une fuite nécessaire ils continuèrent de posséder propriétairement leshommes qui s’y trouvoient ; c’est à dire, qu’ils eurent eux-mêmes des esclaves. Or si
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