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Mémoires Historiques.
Thierry leur gouvernement, lors qu’il est visible qu’ils laissèrent prendre à Pépin le même pou-voir fous un autre noni ? De même, croira-t-on que les Neustriens & ceux de leur par-ti fussent si religieusement attachez à la postérité de Clovis, qu’ils ne pussent souffrir desRois d’une autre race ? Le fait certain est, qu’ils ne s’accordoientpas dans le choix d’au-tres sujets. Ebrouin qui affecta manifestement la Royauté, n’ofa l’ufurper par deux rai-sons sensibles, la premiere la défiance des Grands de Neustrie qui l’auroient empêché ;la seconde, le parti qu’il avoit pris de la protéger, lequel l’avoit accrédité dans le gou-vernement & avoit servi de couleur à ses violences ; de forte qu’il n’étoit plus possibled’en changer.
On ne peut guere penser que Ragenfrói.eut un objet différent ; les Ministres de cetteefpece élèvent toujours leur autorité par provision, sauf à prendre dans la fuite la route* qu’ils fe croyent tracée par lés événemens, à mesure qu’ils arrivent. Charles Martel
poursuivit son projet avec plus de bonne foi que les uns ni les autres -, s’il ne prit pointíé titre de Roi, durant fa vie il s’en arrogea toute l’autorité & l’a portée après fa mort,comme Pinfcription de son tombeau le justifie ; il éxigea de tous la même obéissance,ruina les fortunes qui faisoient ombragé à la sienne & disposa du Trône même aussi ab-solument que de son patrimoine. .
Si l’on demande ce que devint la Discipline Françoise pendant tant de trouble* in-térieurs, je répondrai deux choses qui paroîtront d’abord contradictoires, mais qui font. pourtant exactement véritables ; la premiere que jamais les Assemblées ou Parlemensn’ont été si fréquens sous aucuns tems de la Monarchie ; que les Parlemens n’ont ja-mais disposé fi absolument des charges ou ils étoient en droit de pourvoir, ce qui estjustifié par les Elections consécutives de tous les Maires ; qu’ils n’ont pareillement jamaisexercé une jurisdiction si pleine sur les divers Membres de l’Etat, comme il paroît parle nombre des condamnations publiques & de procès terminez que j’ai rapportez ; jepourrois ajouter que jamais les Rois ne les ont tant respectez, ou pour me servir d’unterme plus mesuré, n’ont eu tant de confiance en leurs délibérations & ne s’y sont aban-donnez avec moins de réservé : voilà le premier point.
Le second, que jamais les assemblées n’ont été plus infructueuses pour le bien de l’E-tat & même pour l’avantage personnel des Rois & la raison en est évidente ; savoir lepeu de courage & de sentiment de ces mêmes Rois, qui se sont trouvez hors d’état deprofiter des bonnes instructions de ce qui restoit de sain parmi une Nation autrefois sigénéreuse & qui avoit si véritablement aimé leur gloire & leurs intérêts. A Pégarddes Grands, ils n’avoient presque plus aucun principe que leur ambition & leur féroci-té naturelle -, de sorte que quand la balance étoit égale entr’eux, il n’en resultoit aucunavantage public que celui d’empêcher les diverses factions de se déchirer davantage.Quant au Peuôíéy il n’avoit plus de part aux assemblées, il étoit toûjours la victimedes divisions particulières, qui faisoient plus de mal que tous les Parlemens n’en pou-voient guérir. D’ailleurs il est remarquable, qu’ils avoient bien changé de forme, puisqu’outre l'intervention des Prélats, qui dans les premiers tems avoient été regardezcomme les ennemis naturels de la Nation, nous voyons par les actes qui nous restent& que j’ai soigneusement citez, quelle etoit l’étrange réduction des membres qui lescomposoient, ptlis que quatre ou cinq Ducs & autant de Comtes ou de Graffions for-moient toute l'assemblée, au lieu qu’autrefois la Nation entiere étoit assidue au champde Mars, tant pour veiller aux intérêts des particuliers, que pour régler l’intérêt généraldes Rois & des Peuples.
Au fonds, ce n’est pas tant Pinobservation des Loix ou de la Police publique, qui acausé la ruine de la premiere racfe que la lassitude des Peuples & le dégoût justementconçû de la conduite des Princes. En effet, si Pon résumé leur histoire en peu de mots,on n’y trouvera qu’une seule grande action, qui a été celle de la premiere conquête,laquelle a été rtûn seulement entreprise avec magnanimité & éxécutée avec un courage
admirable