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Tome premier.
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Mémoires Historiques. 93

profiter des fautes que pourroit fairé Abderam. Charles, de son côté, fe rendit à Tours, Thierryétant venu le long de la Loire & fe logea dans la ville & fur le btírd du Cher. R6-deric remarque qu’il amena peu de François, mais des Allemands, des Gots & des Ge-pides, qui faifoient la force de son armée.

Ce qu’il y a ici de plus singulier, c’est que la proximité d’un ennemi fi terrible, riel’occupa point de telle sorte, qu’il ne pensât à se servir de l a conjoncture pour impo-ser au Duc Eudes un joug qu’il n’auroit pas été aisé de lui imposer dans un autre tems.

Ces Princes s’aboucherent donc premierement & convinrent ensemble d’un traité, quifut tout à l’avantage de Charles ; après quoi il ne devoir plus être question que de l’en-nemi commun : cependant soit à raison de la disposition des deux camps, soit par fi-nesse de la part de Charles, Eudes fut aux mains six jours durant avec les Arabes. Jene doute pas qu’il ne s’agit du passage des rivières, qui selon la situation du païs cou-vrent naturellement la ville de Tours, & l’on ne fauroit à cette occasion s’empêcherde blâmer l’imprudence d’Abderam de s’être engagé dans un terrain qui ne lui per-mettoit pas d’user de son avantage, qui consistoit dans le nombre de ses troupes : en-fin le septième jour qui étoit un Samedi du mois d’Octobre de 73 2 » Charles secondales efforts d’Eudes & ils remporteront ensemble la plus signalée victoire dont on con-serve la mémoire. Abderam demeura sur le champ de bataille, avec un nombre in-fini de morts que les Chroniques fabuleuse^ des Monastères font monter à z 75000 hom-mes : il est surprenant que toutes les anciennes Chroniques âyent designé Poitiers pourle lieu de cette bataille qui sauva la France : celle de S. Nazaire dit anno 732, Karluspugnavit contra Sarracenos die Sabbaii ad Piitavios. Celles de Massey & du P. Petau a-joutent la désignation du mois d’Octobre, mais les modernes qui veulent qu’elle ait étéle 7. du même mois se trompent, par ce que c’étoit un Mardy.

Le reste de l’armée battue regagna la Septunanie fans être poursuivi, & les deux ar-mées victorieuses riches de ses dépouilles, se séparèrent pour retourner dans leurs diffé-rons païs ; c’est au sujet de cette bataille que Roderic Ximenès Archevêque de Tolede,qui a écrit cette histoire, dit que la même Providence, qui a forcé la mer à une cer-taine barrière de fable, avoir ordonné que les Conquêtes des Mahométans se terminas-sent au tombeau de S. Martin.

Toutefois la retraite des Sarrazins fut presqu’auífi domágeable à la France que leurinvasion : la vie de S. Pardulphe en la premiere partie du troisième siècle Bénédictin,en fait la peinture suivante ; tpuum Ismaelìtarum gens Picìdvensem urbem fuissent ingrèjsi ct?fraecelsus ' Major Do mu s Carolus cum cunStis Francorum ad debellandos eos venijstt ct? âevì-ffo praelio hostem profternens , spolia capiens , cdptivos revocavit ; sc quamplures ex eademgente Ifinaelitarum fugam arripnerunt ct? unde revertebantur quemcunque bominem Chriftia-Tium inveniebant, ct? ubìcunque aut loca sacra obviassent , ìgni concrémàbdnt ; Monaserio Va*rutens (Gueret, dans la marche ) cui praeerat Parâulpbus repuïsum passi sunt ct? sheofre-dum (vulgo Chassre ) Abbatem Calminiacensem (de S. Pierre le Moutier) in Valaunis trucìda-runt. C’est à dire, que dans le retour des Sarrazins, ils tuoient les Chrétiens qu’ilsrencontroient fur leurs passages, qu’ils forçoient les Monastères & brûloient les Eglises,qu ils furent repoussez par S. Pardulphe à Gueret, mais qu’ils se rendirent maîtres de'

S. Pierre le Moutier & tuerent S. Chassre qui en étoit Abbé.

En 733, Charles se trouvant au dessus de la fortune commença la Reforme de l’E-tat, en imposant silence aux Ecclésiastiques & partageant leurs richesses aux soldats.

La vie manuscrite des Evêques d’Auxerre, donnée par le P. Labbe, s’éxpliq ue affeXparticulièrement fur ce sujet & même peut en quelque maniéré justifier Charles de cette, entreprise ; c ’est au chap. 32. où rapportant la vie de l’Evêque Adolphe il dit, Fuit> temporibus Carolì majoris ct? perduravït ufque ad Pepinum ; hoc tempore res Ecclefiafticae abPpisioporum poteflate per eiinàem prïncipem abstraitae in Dominatum stecularium cejserunt , fiquïàsm centurn manfis Epifiopo âereliiìis , quidquid villarum fuperfuit in sex principes Bava -

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