Mémoires H i s t o r i 0 ú ë s. loi
la Saxe, où il prie le fort Château de Hocksbourg & contraignit plusieurs habitans du Childerícpaïs à recevoir le baptême & que Pépin alla faire la guerre dans leur voisinage desAlpes, contre Thibáùt, fils de Godefroi, qu’il priva d'une Duché, apparemment cellede TVansjuranne, qu’il possedoit en ces cantons. L’an 744, & le 3. du gouvernementdes Princes, ils passèrent en Aquitaine, selon la Chronique de Metz, & Hunaud nese trouvant peint en état de leur résister, leur promit obéissance, strvitio prìncipum semanapavit, après quoi ils retournèrent ensemble dans la Saxe, fur la nouvelle d'une ré-volté générale du pais, conduite par lé vieux Duc Thierry, qui n’avoit pu jusqu*alorsse résoudre à la soumission ; maïs toutefois il fut pris en bataille & la paix fut donnéeà la province par le moyen des otages que les Princes en tirèrent. La même année,selon la Chronique de Metz, le Duc Hunaud fit une action éxécrable, car ayant faitvenir auprès de lui son frere Hatton, il lui fit arracher les yeux & le retint ensuiteprisonnier ; Hunauldus dux Germanumsuum adse venire jujsit nomine Altonis , cui ftatim oculoseruìt & sub cuíiodla retinuìt : mais peu après, touché d’un repentir bizarre, il se retiradans le Monastère de l’ïïle de Ré & laissa ses Etats à son fils Vaissre, ou Gaiffre, âgéde dix-huit à vingt ans ; c’est ainsi que les hommes, peu d’accord avec eux-mêmes,font à la fois capables des plus grand crimes & des meilleures actions,
L’an 745, Carloman fit la guerre dans la Saxe, dont les habitans se soumirent sanscombat, & Pépin poufia le Duc Thibaut dans 1 *Alsace & dans la Transjurane, selonles Annales de Metz & la Chronique de S. Nazaire.
L’an 746, Carloman surprit une armée entiere d’Allemands dans leur lieu de Con-stat, & s’en rendit maître fans tirer l’épée ; mais peu après, soit par force d’esprit &conviction des veritez Chrétiennes, soit par effroi de ce que l'on racontoit de la damna-tion de son pere, Carlomanus princeps Germano suo Pipino consessus est quod vellet feculumderelinquere , disent les Annales de Metz ; c’est à dire, qu’il s’ouvrit à son frere du des-sein qu’il avoir formé de renoncer à la souveraineté pour embrasser la vie Monastique.
Le reste de l’année se passa dans la préparation d’un si grand sacrifice & les guerrescesserent pendant ce tems-là.
En 747, Carloman ayant remis ses Etats à ses eûfans & à son frere s’achemina àRome, où il oâtit d’abord un Monastère dans le mont Serrate, au lieu de l.a retraite duPape S. Sylvestre, d’où il pastli peu après au mont Cassin & y prit l’habit de Religieux.
Pépin avoir délivré le Prince Griphon, son frere, de la prison où Carloman 1 avoir re-tenu jusqu’à sa retraite ; mais il ne fut pas long tems à reeonnoitre la justice que sonaîné lui avoir faite en l’arrêtant, puis que fans aucun sujet, il se retita dans la Saxe OUil fomenta si puissamment les mauvaises dispositions des peuples, qu’il les porta à une ré-volté générale.
En 748, Pépin recommença donc la guerre en ce païs-là & obligea son frere de l’a-bandonner : l’année suivante Griphon étant passé de Saxe en Bavière, s’en rendit maî-tre & chassa Tassillon son neveu des Etats dont il venoit d’hériter par la mort de sonpere, après s’être emparé de la personne de Chiltrude qui étoit aussi sa sœur ; De copiisquae ad eum de Francìa confluebant , dit la Chronique d’Adelme, Ipsum Ducatum in sueímredegit potejìatem o? Hiltrudem in deditionem accepit , mais Pépin indigné d’une action stnoire, pasta d abord en Bavieie avec des forces fusillantes, fit Griphon prisonnier avectous ces mauvais François qui l’avoient assisté, rétablit Tassillon & fa mere, puis étantde retour en France & voulant à force de grâces gagner le mauvais naturel de sonfrere, il lui donna la ville du Mans, avec douze Comtez, de more Ducum , dit Adelme ;toutefois ce nouveau bienfait le toucha si peu, que dès l’année suivante il abandonnason apannage & se jetta entre les mains de Gaiffer, duc d’Aquitaine, le plus mortelennemi de Pépin & de la Maison.
La France sut en repos les deux années suivantes, selon l’éxpression du Continuateurde Fredegaire, qui dit, quievit terra a praeliis annis duobus. Les Chroniques du
P p P. Petau