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Tome premier.
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io8 Mémoires Histori Q.Ù e s/

Pépin. Comte d’Angers, mere de Roland, & Chiltrude, femme de René, Comte de Gennes,-niere d’IJger, dit le Danois.

Nous voyons fous ce Régné un nouveau genre de Gouvernement ; ce ne font plusles François nez libres & indépendans, attachez à leurs loix anciennes plus qu’à leur pro-pre vie, qui élifoient leurs Rois & leurs Généraux avec une parfaite liberté & qui jou-ïffoient avec gloire & tranquillité d'une conquête qu’ils ne dévoient qu’à leur valeur Séa leur persévérance, dans une entreprise infiniment difficile ; ils sont à leur tour deve-nus la conquête, non pas d’une Nation étrangère, mais d’une famille particulière, pa-reille aux autres dans l’origine, laquelle plus ambitieuse & plus active a fçù tirer sesavantages de tous les événemens & de toutes les circonstances qui fe font passées du-rant un siècle. Que les Généalogistes modernes nous démontrent tant qu’il leur plaira,que la seconde race de nos Rois fortoit ce la même tige que la premiere, ií faudraqu’ils conviennent avec nous que c’est au plus une dispensation secrette de la Provi-dence, mais que ce droit de Pépin n’a jamais été fondé lur ce titre; en effet il n’a dûfi fortune qu’à fa propre conduite, puis que tous les éxploits de son pere, qui font cer-tainement comparables à ceux des plus grands Capitaines, n’avoient pû lui en procu-rer autant, réfléchissons donc un moment fur cette conduite, afin d’en mettre les ressortsen évidence.

Charles Martel avoit proprement conquis la France par le moyen d’une armée pres-que toute composée d’étrangers, & cette conquête fe fit non seulement par ses victoiresfur Ragenfroij fur les Sarrazins & par la soumission du Duc Eudes, mais bien plusréellement en désarmant les François, c’est à dire, en les éloignant de la guerre & encefíknt d’entretenir les armées Nationales quifaifoient subsister la liberté ; voilà le grand& le premier principe ; mais ce n’étoit point encore assez, il faloit persuader ce Peu-ple, après l’avoir soumis, il faloit aussi ménager de telle forte la soumission que l’onéxigeoit de lui, qu’il ne s’apperçût que d’une partie de la perte qu’il avoit faite, &qu’il pût craindre de perdre encore le reíj:e ; c’est l’ouvrage de Pépin, en quoi l’onpeut dire qu’il est comparable aux meilleurs Politiques qui ayent gouverné. 11 vint àbout de l’imagination du Peuple par le moyen du Clergé, comme je l’ai déja dit, ilvint même à bout de soulager sa propre conscience & de rendre son usurpation justedans son estime par le moyen de l’approbation du Pape & des Prélats ; il ne restoitqu’à faire penser aux Fjançois qu’ils étoient encore libres, ou du moins qu’il leur re-stoit assez d’avantages pour ne pas fe devoir éxpofer à les perdre dans de nouvellesguerres civiles & il en vint pareillement à bout par lé moyen du Parlement qu’il as-sembla tous les ans depuis son élévation, avec autant ou plus d’éxactitude qu'aucun desanciens Rois ; mais il ne s’y agissoit plus, comme auparavant, d’élection de Maires oud’Officiers militaires, ou politiques, ni de la direction des armées ou des entreprises dela guerre, ni en général de tout ce qu’il voulut réserver à sii disposition, il en tournatoutes les délibérations du côté de l'ordre de la Police & du reglement des mœurs detoutes les conditions ; de forte que ces Assemblées se convertirent en des especes de Con-ciles, dont nous voyons les actes dans les Capitulasses. Pépin porta même la chose siloin, qu’il ne souffrit pas que les Parlemens fissent le procès des grands Seigneurs cou-pables & qu’il s’attribua l’autorité de les punir à fa volonté ; témoin l’indigne mort deRemistang qui est le premier éxemple d’un Seigneur péri par la corde. Voilà les chefsd’ceuvre de la politique de Pépin -, mais s’il excella dans ce genre, il ne fut pas moinscapitaine que son pere, comme le montrent la conquête d’Italie & la guerre d’Aqui-taine faite pié à pié durant plusieurs années. J e ne fçai s’il est utile de donner un ar-ticle à la pieté de ce grand homme, puis que la soumission qu’il a marquée pour les Pa-steurs de 1 Eglise seroit, ce semble, plus digne de nos éloges, si elle n’avoit eu moinsd’intérêt & de récompense mondaine, outre qu’il ne peut être loué de la maniéré dont

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