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Tome premier.
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Mémoires Historiques. 11 $

ignoroit ce que la réduction de la Saxe coutoit à la patience du Prince & à l’Etat, on Ciwri.es.seroit surpris que l’on eut imaginé une Magistrature dont Punique fonction étoit de se ^ ' S ‘ Jporter indifféremment dans tous les lieux du territoire & d’y faire mourir fans forma-lité tel nombre d’hommes & telles personnes qu’il lui' plaisoit ; maïs Charles fe per-suada ne pouvoir jamais venir à bout de ces Peuples lans une sévérité qui n’a jamais eud’éxemple qu’en cette occasion ; cette Magistrature étoit nommée Freigeding ou Feme_keel, en langue du païs, pour exprimer que c’étoit le droit de la vangeance & la con-dition de la paix, mais autant qu’une telle institution est essroiable, autant est-jì sur-prenant qu’elle se soit conservée si long tems, qu’elle étoit encore en ustge- lorsq^tAe-neas Silvius, qui a été depuis le Pape Pie II, étoit en Allemagne Secretaire de-ì’Em-pereur Frédéric III, c’est à dire, jusqu’au milieu de XV. Siécle. Les Saxons au : dés-espoir abandonnèrent enfin ce païs & se retirerent dans le fonds di? Nord.; No/Us ver-rons dans le siécle suivant quels furent les funestes effets de leur vangeance. En 789,il arriva à Rome la plus terrible émotion qui puisse jamais s’élever contre un Pape,

Léon III. qui siégeoit alors, fut arrêté dans une Procession & traîné en prison, oùd’abord on lui coupa la langue & on lui arracha les yeux, du moins ceux qui le trai-toient si mal crurent l’avoir fait & lui-même asseura toujours depuis, en avoir été mira-culeusement guéri, le Duc de Spolete qui s’y rendit en diligence ayant à grand’ peineobtenu fa liberté, l’envoya au Roi pour qu’il pût lui-même plaider fa cause devant lui ;le Roi l’écouta au lieu de Paderborn, l’envoya à Rome d’autorité & lui promit de lesuivre peu après pour faire justice des coupables. Cette même année le Roi Louis, re-ceut les isies Baléares, aujourd’hui Majorque & Minorque qui secouèrent le joug desSarrazins & il eut d’ailleurs plusieurs affaires avec eux.

L’an 800 est remarquable par diverses époques importantes, la premiere est celle despirateries des Normands qui se firent sentir sur les côtes de Neustrie avec toute la fu-reur que leur pouvoit inspirer les traitentens que le Roi avoit faits à leur compatriotes,les Saxons ; on jugea même que plusieurs réfugiez de ce païs-là étoient mêlez avec lesDanois & que c’étoit le principe de leur rage contre les Eglises, les Reliques, les Prê-tres & les Moines, auxquels ils ne faisoient aucun quartier, en haine des conversionsforcées dont ils les croyoient auteurs : le Roi pour remedier à ce mal fe transporta furles côtes maritimes de la Picardie, où il sit rétablir la tour d’Ardre à Boulogne, puiscontinuant de parcourir tout le rivage, il vint à Tours où il perdit fa quatrième femme •s’étant ensuite rendu au Parlement convoqué à Mayence, il prit le chemin d’Italfe t’ntpour l’affaire du Pape, que pour s’éclaircir fur les soupçons que Grimoald Duc"d-Benevent, donnoit de fa conduite ; il étoit particulièrement accusé d’avoir contribué àla mort d’Henry, Duc de Frioul, assassiné depuis peu. Charles étant arrivé* à Romey reçût le serment du Pape sur les chefs dont il étoit accusé & l’ayant déclaré inno-cent, condamna ses parties à la mort, mais le Pape intercéda pour eux & leur sauva lavie. Le jour de Noël de cette même année, à la solemnité de la grande Messe, lePape proclama solemnellement le Roi & les acclamations du Peuple lui conférèrent letitre d’Auguste & d Empereur, en forte que c’est de ce jour que l’on prend l’époquedu rétablissement de l'Empire en Occident.