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Tome premier.
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Mémoires Hïstori cl. u es. 117

pendant comme il étoit nécessaire d’en arrêter les progrès, il gagna diligemment son Louis.Palais d’Aix la Chapelle, malgré l’hyver & le carême, il y passa la fête de Pâques, v-/ "" v ~ v "puis le rendit au Parlement qu’il avoit convoqué à Worms & enfin passa jusqu’à Franc-fort, où, soit que les affaires ne prissent pas le tour qu’il auroit souhaité, soit que lalaite de tanc de travaux eut ruiné sost tempérament, il tomba malade, ce qui l’obligea dese faire rapporter par eau au Palais d’Ingelíheim où il mourut sous les tentes le 20.

Juin de Pan S40, après quarante jours de maladie, pendant lesquels il reçût tous lesjours la Communion: il entroit dans fa 63. année & finiffoit la 27. de son Empire ;son frere naturel, Drogo, Evêque de Metz, prit foin de fa sépulture, & le fit inhumerdans l’Egîise de S. Arnoul, lequel étoit regardé comme le Chef & la Tige de la Mai-son Royale.

Ainsi finirent dans la douleur & l’amertume le Régné & la vie du second des Em-pereurs François, Prince, si non digne d’un meilleur fort, du moins digne de quelquecompassion ; il fut laborieux, vigilant & sobre, instruit dans la connoiíTance des belleslettres, parlant & écrivant en Grec & en Latin aussi bien qu’il se pouvoir alors, curi-eux d’Astronomie comme P avoit été son pere, & d’ailleurs bien intentionné, libéral &charitable, mais soit qu’avec ses talens il eut naturellement peu de fonds d’esprit, ouque né trop foible ou trop facile il ait suivi à Paveugle les impressions de fa secondefemme, ou celles des Moines qui dirigeoient fa conscience, lesquels n’avoient que desintérêts particuliers fort séparez de Ceux de l’Etat, il est certain qu’en peu d’années ila tellement changé la disposition des affaires & avili la gloire de la Monarchie qu’ellen’a jamais pû s’en relever. On est ordinairement attendri fur le sujet de ce Prince parla considération que ses malheurs ont été causez par les révoltes de ses propres enfans ;toutefois à dire la vérité, quoiqu’en un sens ils soient inéxcusables, il est certain qu’ilavoit violé à leur égard les engagemens les plus solemnels & les sermens les plus reli-gieux, outre que fasciné par une maraître, il ne cherchoit plus que des prétextes pourles dépouiller & faire passer aux enfans du second lit tous les avantages acquis aux aî-nez par la Loi & par fa propre disposition ; déplus cette marâtre étoit si peu innocentedans l’estime publique que non seulement les plus Grands de PEtat invitèrent les en-fans à venir vanger la honte & la foiblesse de leur pere, mais que les plus saints & lesplus capables d’entre les Prélats, tels que le Pape Grégoire IX, Agobert de Lyon,

Ebbon de Rheims, Bernard de Vienne, Frédéric d’Utrecht & le célébré Wala, soutin-rent leur parti avec une infinité d’autres. Enfin les suites de cette entreprise ne devin-rent fatales à Louïs que par l’entêtement qu’il eut de garder Cette femme au préjudicedes loix communes de PEglise & de son propre honneur, tant il est vrai que les ca-ractères mois & faciles font aussi les plus sujets à la prévention & à Popiniatreté, com-me aussi que les grandes disgrâces de la fortune arrivent rarement fans que ceux quiles souffrent y ayent donné occasion.

A Pégard du surnom de Débonnaire, que l’on donne à ce Prince dans nôtre langue,il semble qu’il répond mal à l’idée que nous en laisse Phistoire de fa vie, & véritable-ment Pepithete de Plus , que les anciens Historiens lui ont donnée, devoir être renduepar le terme de Dévot, puis qu’en effet c’est la dévotion qui fait son véritable caractère,dévotion toutefois bien différente de la debonnaireté, puis que nous avons vû que tantque ce Prince a été hûreux, il ne s’est signalé que par une sévérité éxtraordinaire & pardes éxecutions si peu attendues, qu’ayant irrité tout le monde il fit revivre a son égardla maxime que Von nesaaroit trop offenser un Prince qui fait profession de ne rien pardon-ner, il est vrai que dans ses disgrâces, il a souffert avec résignation les plus étranges,humiliations, mais est-ce là ce qu’il faut appeîler Pieté, dans un Grand Prince ? N’est-ce pas plutôt une dévotion basse & monachale, qui, loin d’être louable en fa personne,lui a attiré un juste mépris ? Je distinguerai donc à cette occasion la pieté de la simpledévotion, & je dirai que si la premiere est toujours une vertu plus recommendable Sc