Band 
Tome premier.
Seite
128
JPEG-Download
 

L

t

12.8 Mémoires H i s t o r i au e s.’

ouïs I. plus nécessaire encore dans les Princes que dans les autres hommes, puis qu’elle formeune source de bonté, de justice & de compassion qui s’étend à proportion de leur élé-vation, la seconde n’est le plus souvent que l’esset d’un caprice ou d’un tempéramentbizarre, ou d’un défaut essentiel dans la constitution de l’esprit, qui le rend sujet à uneaveugle crédulité ou à une soumission superstitieuse & déshonorante ; ainsi nous pouvonsdire fur cet exemple que c’est un grand malheur pour les Peuples à qui lá Providencedestine des Rois d’un tel caractère, fusserit-ils les enfans du plus Grand Monarque duMonde, comme celui-ci.

L o t H A i R E ; troisième Empereur. Louis &

Charles, Rois.

Lothaire. "jT ‘EMPEREUR Louis étant au lit de mort envoya son épée, fa couronne & sonJ —i sceptre à son fils aîné Lothaire, lui recommandant, comme à l’heritier de fa puis-sance, la protection de Charles son dernier fils & le conjurant de le laisser jouir du par-tage qu’il lui avoit lui-même accordé ; mais ce Prince rempli de projets ambitieux, nesongeoit alors à rien moins qu’à l’union avec ses freres, prétendant au contraire rétablirl’Empire dans son intégrité, il crut pouvoir en user avec eux de même que Pépin &Charlemagrie ses ayeux avóient fait à l’égard de leurs Collatéraux, & dans le fonds si laguerre entreprise dans cette occasion par Lothaire n'avoit eu d’autre objet que le réta-blissement de la dignité & de l’autorité de l’Empire dans l’étenduë que Charlemagne a-voit transmise à Louis son fils & que celui-ci étoit engagé de donner à Lothaire même, ilsemble qu’elle n’auroit eu rien que de juste, puis qu’on ne pouvoit diviser la Monarchie &partager l’autorité suprême sans ruiner réellement l’Empire François ; mais Lothaire na-turellement plein de ruses & de finesses, se défiant de la soumission de ses freres, contesta1 ur Royauté, voulut contester l’étenduë de leur partage, espera de les tromper & de lesdétruire l’un après l'autre & par des motifs si peu convenables à fa Dignité & au couragequ’il devoir avoir, il acheva la ruine que son pere avoit commencée, ayant manqué com-me lui de fermeté, soit pour se soumettre à la justice contre son inclination, soit pourfaire triompher son injustice dans les occasions qu’il eut d’accabler ses freres & de les '•perdre fans ressource ; c’est ainsi que tous les Princes ambitieux & qui n’ont point d’ail-leurs l’ame assez forte pour consommer le dessein que leur propre conscience condamne,causent à leurs Peuples des maux irréparables & perdent le plus souvent ce qu’iJs au-roient pû conserver d’un consentement général, mais le cœur de l’homme a ce défautcommun de ne pouvoir être ni bon ni méchant & de n’être jamais d’accord avec lui-même dans le choix d’un terme à fa conduite. Lothaire, fur la nouvelle de la mort deson pere, envoya d’abord en France plusieurs Messagers pour y annoncer fa venue avecdes promesses en faveur de ceux qui l’y recevroient comme véritable Successeur à l’Em-pire & à la Monarchie ; & des menaces contre ceux qui fous prétexté des partages faitsentre les freres voudroient examiner ou contester son droit ; il partit lui-même d’Italiepeu âpres avec une grosse armée & quand il fut en pleine marche il envoya des ordres àtous ceux de son parti de le venir joindre en Bourgogne, ou il esperoit faire commodé-ment subsister ses troupes ; de Bourgogne il passa néanmoins a Worms ou son pere avoitlaissé une armée qu’il vouloir joindre à la sienne ; puis il fe rendit à Francfort où étantprêt à livrer combat à Louïs de Germanie ; son frere appréhendant le fort d’une bataille