Memoîres Histori atíËs.
razîns avoient chassé de leur Ifle< En 848* les Normands surprirent Bourdeaux par íátrahison des Juifs, ils y firent un butin prodigieux & des ravages cruels dans tous lesenvirons ; la foiblesse de la France étoit telle qu’on ne pût jamais amasser assez detroupes pour les en chasser, de sorte qu’ils en firent long tems leur Plaee-d’armes.
En 850, plusieurs Seigneurs d’Aquitaine, qui haïssoient les mauvaises mœurs du RoiPépin appelerent Charles, le reçûrent dans Limoges & Raccompagnèrent au Siège deToulouse, mais dès qu’il fut retourné en Neustrie, ils se raccommodèrent avec Pépin.L’année suivante, il se tint un Parlement général sur les bords de la Meuse, où lestrois freres se virent & renouvellerez le serment de paix & de secours mutuel, mais lesNormands pendant ce tems-là entrerent dans la Seine, firent à droite & à gauche lesravages accoutumez, prirent, pillèrent & brûlèrent la ville de Beauvais. Ainsi l’on dé-libérois, lors qu’il étoit question de se défendre contre les plus barbares ennemis quifurent jamais, & les Princes qui avoient immolé tant de sang François à leur intérêtparticulier, ne songeoient pas feulement à en éxpûser une goûte du leur, pour le salutpublic, dans une désolation si générale. En 852, le malhûreux Roi Pépin fut arrêté &livré à Charles, qui le confina dans RAbbaye de S. Medard de Solfions, comme il a-voit peu auparavant renfermé Charles son frere à Corbie ; mais le Germanique l’entira pour Relever à l’Archevêché de Mayence, après la mort de Rhaban ; toutefois Pé-pin s’évada & dans son désespoir se joignit aux Normands, action qui le rendit encoreplus odieux, fur tout aux Ecclésiastiques à qui cette Nation faisoit principalement laguerre ; il fut enfin repris une seconde fois & enfermé pour toujours dans le Châteaude Senlis ; car on ne pût le persuader de reprendre l’habit Monacal ; ou plûtôt l'Ar-chevêque de Rheims, Hincmar, consulté sur ce qu’il en faloit faire, jugea qu’il devoirêtre soumis à la penitence avant de l’engager dans la Clericature, & il mourut dansl’intervalle. Telle fut la fin d'un Prince né avec un grand courage, une beauté singu-lière de visage & divers talens qui toutefois ne pûrent fléchir la fortune : la corruptionde ses mœurs lui suscita beaucoup d’ennemis, mais il ne fut pas moins aimé que hai‘,en sorte que fa prison, ni sa mort, n’éteignirent point si absolument son parti, que lesrestes n’ayent fait beaucoup de peine à Charles & à fa Postérité.
En cette même année 852, les Normands étant remontez par l’embôuchure de laLoire, brûlèrent toutes les Villes assises fur ses bords jusques à Tours, où ils pillèrentles richeíïes infinies du Tombeau de S. Martin ; cependant Charles fe trouvant maîtrede R Aquitaine y prit fa revenge contre Rancien Parti de Pépin, qui lui avoit été si op-posé, il fit mourir plusieurs Seigneurs & mécontenta tellement tous les autres, qu’ilsdéputèrent au Germanique pour lui demander un de ses enfans pour Roi ; ce Princechoisit Louis, le second d’entr’eux, qu’il fit auffi-tôt partir sur cette legere esperance ;mais outre que le nouveau Roi d’Aquitaine ne s’accommodoit point de l’air du Pais,les Seigneurs se ménagèrent tellement à son égard, qu’il parut qu’ils avoient dessein derentrer fous leur premier joug ; de sorte que Louis s’en retourna ; toutefois Charles n’enfut pas moins offensé, & pour se mettre à couvert de pareilles récidivés, il s’unit à Lo-thaire plus fortement qu’auparavant : Louis de fa part en conçût tant d’ombrage, qu’ilrefusa de se rendre au Parlement général de Liège, qui se tint l’an 854. Lothaire tou-tefois n’avoit garde de lui nuire, puis que dégoûté des affaires du monde, il n’y parutque pour résigner la Couronne Impériale à son fils aîné Louis, & faire le partage deses autres Etats entre Lothaire & Charles, ses autres enfans : il fe retira auísi-tôt dansR Abbaye de Pruin & y mourut peu de mois après y avoir pris l’habit. Cet événe-ment changea tout à fait la disposition des affaires, en ce que les vieux oncles fe per-suadant qu’ils pourroient se servir de leurs jeunes neveux chacun à leur avantage &peut-être même mettre la main fur quelqu’un de leurs Etats, s’empresserent de les ga-gner ; Lothaire, l e second d’entr’eux, s’attacha à Charles le Chauve, mais I’EmpereurLouis, plus juste connoisseur, préféra l’amitié du Germanique, En effet, Charles étoit
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