Band 
Tome premier.
Seite
151
JPEG-Download
 

Mémoires Historiques. Jj"í

ence : mais ses Successeurs allerent bien plus loin en peu d’années, puis qu’au lieu quë Ch-mìescelui-ci ne les avoir élevez que pour asseurer son Etat & pour se rendre maître de toutle reste, ceux-là se mirent infiniment au dessous, jufqu’à penser* comme faisoit Charlesle Chauve* qu’il devoir fa Royauté à la Consécration des Evêques, & qu’il en pouvoirêtre privé par leur jugement. Charlemagne tint un juste milieu à cet égard, il honorala Religion plus que ses Ministres, il voulut que pour mériter justement le respect desPeuples, ils fussent véritablement pieux, fçavans, & désintéressez ; que les Moines vé-cussent dans leur condition, fans fe mêler des affaires du Monde, & il étendit la iuriídi-ction qu’il s’attribua par rapport à la reformation du Clergé jufqu’à l’Eglilê de Rome,dans laquelle il reconnut la succession des premiers Apôtres fans croire les Papes im-peccables, ni infaillibles, puis qu’ayant pris eonnoissance des accusations intentéescontre Léon III, il le reçût à s’en justifier fur son ferment & conféra d’ailleurs le droitd’admettre au Pontificat, ou d’en éxclurre les sujets qui lui feroient présentez par lechoix du Clergé & du Peuple, afin que le Siège de S. Pierre ne fut pas deíhonoré parde méchans Evêques. Le Débonnaire au contraire, pénétré d’une humilité monachale,ne se crut jamais digne d’éxercer aucune juriídiction fur le Clergé Romain, il ne pûtêtre persuadé qu’un Pape eut été capable de commettre un crime avéré, il ferma lesyeux à tout ce qu’on entreprit à Rome contre son autorité & dès qu’on lui objectaquelque prétexte plausible, il voulut bien n’y former aucun contredit ; surquoi je croispouvoir dire, en comparant le caractère de fa pieté à celui de son pere, qu’il honora plusles Ministres de la Religion que la Religion même, & qu’il les mit tous les deux en très-grand danger par cette énorme erreur de son jugement. II faut pourtant rendre justice à sonzèle, car ce Prince pensa à faire rétablir l’ancienne discipline Ecclésiastique, à dresserdes Canons pour tous les Ordres du Clergé, mais le malheur voulut qu’ayant perdu sonautorité, les intéressez n’en pratiquèrent que ce qu’il leur plût; Enfin la penitenee pu-blique qu’il s’avifa de faire en 822, dans laquelle pressé par fa chetive conscience, ouplûtôt succombant à sa foiblesse, il se soumit à ce que les Evêques jugèrent la peinedûë à la mort de son neveu : Bernard leur donna le droit de le soumettre involontai-rement à une penitenee effective dix ans après, droit qui ne fut contesté de personne &ou l’on ne trouva à dire que dans la maniéré dont il avoit été éxercé, parce que dansla réglé on ne juge point deux fois le même crime ; Non bis in idem. II ne faut doncpas s’étonner si la puissance des Evêques étant montée à ce comble, le Chauve, Princetimide s il en fut jamais, & en même tems très-convoiteux, les ménageoit avec tant derespect, qu’il fit une reconnoiffimce publique de leur autorité sur sa Couronne ; cen’estpas néanmoins que les Evêques ayent jamais pensé à s’attribuer une telle puissance, sice n’est dans l’occasion où ils furent excitez contre l’Empereur Lothaire, entreprisetellement odieuse, qu’on ne la sçauroit justifier, même par les sollicitations des Rois lorsVictorieux ; mais ils ont cru long tems depuis avoir droit fur la personne des Rois, &ils l’ont exercée jufqu’à les priver de la société, ainsi que nous Je verrons dans la fuite.

Quant au Pape, comme l’on reconnoiffoit en lui la plénitude de la Jurisdiction, &quele Chauve lui devoit l’Empire, il est naturel de juger que sa soumission & son respects’augmenterent proportionnellement à ces deux égards, ainsi ce Prince foible crut êtrevéritablement honoré de la qualité de son Ministre.

Dans ces circonstances, il seroit étonnant que l e Clergé eût assez de modération pourse contenir dans les termes que l’Histoire nous marque que nous voyons ; si l’on nefçavoit en même tems, qu’il n’étoit presque rempli que de sujets ignorans & nez avecsi peu d’élevation qu’ils fe contentèrent de vivre dans l’abondance que leur procuroitla soumission des autres hommes, fans attenter plus loin. II faut raisonner de mêmedes Papes de ce Siécle, presque tous si foibles, si vicieux & si ignorans qu’ils lie firent,

Pour ainsi dire, leur fortune qu’à demi, trois Papes consécutifs du caractère de Nico-as I- auroient assujetti l’Europe dans les circonstances de ces tems-là ; le Clergé d?

France