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Tome premier.
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Charlesle Gros.

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Mémoires Historiques.

de son oncle par la concession de quelques Villages & Domaines de la Suabe, lesquels ilne garda que quelques mois, n’ayam pas long rems survécu à sa disgrâce. Ce Prince a- *voir toûjours manqué des parties essentielles, la tête & le cœur ; mais on peut dire quela dévotion mal prise avoir achevé de le perdre, puis qu’outre les pratiques des plus au-stères Couvens, qu’il gardoit fur le Trône avec peu de décence, il passoit fa vie en pèle-rinages & négligeoit le Gouvernement avec tous ses véritables devoirs > il est étonnantqu’il se crut tourmenté de visions ; mais les Chroniques du tems disent qu’il avoir étéplusieurs fois véritablement attaqué par le Diable, & que c’étoit pour s’en délivrer qu’ilcouroit les lieux de dévotion les plus renommez. Dans le même tems, Hugues Duc deFrance, Administrateur de la personne du ìeune Charles fils du Begue, étant venu àmourir, la Monarchie dénuée de Chef tomba dans un désordre absolu ; tous les Sei-gneurs ayant achevé de se rendre maîtres, chacun de l’étenduë du Païs où il gouvernoit. 'Ce tems d’Anarchie & de Confusion meriteroit peu qu'on en fit le détail,s’iln’étoít nécei-saire de faire connoître par quels moyens & par quels coups de fortune la Postérité deRobert Marquis de France s’éleva au Trône & chassa ses anciens Maîtres &: Bienfai-cteurs ; mais avant que de nous engager à poursuivre cette Histoire, il sera utile de fairequelques observations fur le Gouvernement établi par Pépin & par Charîemagne, & fin-ies changemens qui y arrivèrent par la faute de leurs en fans.

Nous avons fait voir, que Charles Martel s’éleva au dessus des Rois légitimés, &qu’il se rendit Maître absolu de leur Couronne par deux moyens principaux ; le premi-er, fa méthode nouvelle de former des Armées étrangères, ou des François avanturiers,qui n’ayant aucune relation avec l’Etat en général, ne se soudoient pas de fa prospérité,ni de l’ordre de la conservation des anciennes loix, qu’autant que le tout avoir rapportavec leur fortune particulière : le second fut la cessation des Assemblées communes, oùse faisoient auparavant les Elections des principaux Officiers, la distribution des autresEmplois & où l’on prenoit des résolutions unanimes fur les entreprises qui étoient à faire& fur la direction des Armées -, mais comme ce Gouvernement, très contraire auxmœurs & à l’esprit de la Nation, ne pouvoir naturellement subsister long tems, outreque les Ecclésiastiques, qui souffrirent les premiers de cette Innovation, se dechainerentcontre la mémoire de ce Prince après fa mort ; son fils se vit obligé d’adoucir ses ma-ximes, il mit le Clergé dans son Parti par les moyens que nous avons éxpiiquez, il réta-blit aussi les Assemblées ou Parlemens, mais il en changea la forme ; premièrement, eny faisant entrer les Prélats, Evêques & Abbez, ou plutôt en leur donnant le premierrang -, secondement,en éloignant l’Armée des délibérations ; troisièmement,en réduisantcelles qui s’y faisoient à la seule Police, s’attribuant d’ailleurs, comme Souverain abso-lu, l’entiere jurisdiction sur les criminels, la disposition particulière des Offices mili-taires & civils, & spécialement le commandement des Armées, ce qui emportoit la ré-glé & la recette des Impôts, fans lesquels il n’auroit pû les faire subsister ; ce n’est pasque la solde pécuniaire fut encore en usage, du moins la maniéré dont elle est pratiquéedepuis les derniers Siécles, car l’on voir que les Troupes, que les Beneficiers ou Grandsde l’Etat' étoient obligez de fournir, portoient avec elles leur provisions ; mais quandles Princes les retenoient au de-là de certain tems de service, il saloir leur fournir la sub-sistance, outre les gratifications que chacun avoir droit de prétendre, à proportion de cequ’il avoir fait d’utile, à plus forte raison les Etrangers, Saxons, Goths & Abodrites,Huns ou Bulgares, ne subsistoient absolument que de ce qu’ils recevoient du Prince, &c’est-là l’occasion, comme nous l’avons vû, par laquelle Charles Martel qui n’avoit paseu le tems de regler les choses définitivement, chargea d’abord le Cierge de la nourri-ture des soldats.

Le Gouvernement de Pépin retint donc beaucoup de celui de son père, particulière-ment a 1 égard de l’autorité absolue qu’il s’attribua, n’ayant cédé qu’en faveur des gensd’Eglise, sous lesquels il vouloir bien plier autant par politique que par raison de consci-

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