Band 
Tome premier.
Seite
154
JPEG-Download
 

ij-4 Mémoires Histori qu e s.

Charles qu’jl en avoit tirez, ne lui permettoit pas de ne point agir sincèrement avec elle : ilvoulut donc qu’elle fut effectivement maîtresse d’y former des avis & de délibérer furtoutes les matières qui appartenoient primitivement à l’union nécessaire pour faire subsi-ster la Monarchie ; secondement, à la sûreté & à la jouissance paisible des biens desparticuliers ; troisièmement, à l’honneur de la Religion & à fa propagation ; quatri-èmement, aux entreprises qui, pour avoir une fin hûreufe, doivent commencer par leconsentement de ceux qui doivent avoir part à leur éxécution, & c’est en conséquencede ces principes que l’on voit x°. Que les Parlemens, depuis l’an 790, ont jugé souve-rainement des infractions de foi, fans égard à la condition même Royale des coupables,comme il est justifié par les éxemples de Tassillon, Roi, ou Duc de Bavière, de Ber-nard, Roi d’Italie ; 2". Qu’ils ont pareillement été maîtres des Impôts, tant à l’égardde la quantité que de la répartition, de forte que chacun pouvoit vivre avec sûreté &tranquillité, & si les nécessitez de l’Etat engageoient les Princes à éxiger au delà dela coutume, il en faloit revenir au consentement des Parlemens, par une réglé si con-stante que l’avidité de Charles le Chauve ne la pût changer quelque désir qu’il en eût ;3 ’. Que les Parlemens ont fait une infinité de reglemens, dont les Capitulaires fontremplis, pour rendre la profession de la Loi Chrétienne aussi pure, s’il étoit possible,que Test son principe ; enfin, Qu’il ne s’est entrepris fous son Régné aucune guerre quin’ait été précedée d’un Parlement, pour y aviser tout ensemble aux moyens de la bienconduire, & de la finir promptement & hûreusement. II est (Bailleurs remarquable,au sujet des Rois de ce tems-là, que s’ils étoient magnifiques en public, ils étoient siménagers en particulier que leur Domaine fuffifoit, non seulement à leur dépense ordi-naire, mais que le produit superflu en étoit amassé & mis au trésor, qui subvenois toû-jours aux dépenses les plus urgentes, sauf à être obligé de recourir à la bourse despeuples. Tel fut le Gouvernement qu’on conçût & mit en pratique par l’incompara-ble genie de Charlemagne ; mais que dis-je ; c’est moins à l’idée d’un esprit vaste &singulier que ses constitutions doivent être rapportées, qu’à l’amour paternel de cePrince pour ses sujets ; on voit avec évidence, par ce récit, qu’il connoissoit le cara-ctère & la pente de fa Nation, laquelle bien conduite, c’est à dire, entre ses mains,s’il eut pû être plus long tems actif & vigoureux, auroit été capable, non seulement dedétruire l’Empire Grec, mais de passer jusqu’à l’Euphrate & d’éteindre le Mahometisme,sçachant toutefois que la force & le destin des hommes font bornez, quoique l’idée dedélivrer la Terre Sainte & tant de millions de Chrétiens languisians fous l’esclavagedes Sarrazins eût été son objet principal pendant la meilleure partie de sa vie, il sçûtretenir son zèle & sa passion & se contenta de ce qui lui parût évidemment possible,quoique d’un autre côté il ait eu le malheur de donner dans le vice de la prévention,quand il s’imagina faire une autre œuvre agréable à Dieu, ohsequium se praeflare Deo,que de réduire par force les Payens d’Allemagne au joug de fa propre Religion. Voi-là ce que peut un Prince François qui aime véritablement ses Peuples & qui en est ré-ciproquement aimé, comme il ne sçauroit manquer de l’être dans la disposition com-mune pour la moindre attention qu’il donne à la justice qu’il leur doit. Je ne sçai passi après l’éxposition de ces veritez, il est néceíîliire de parler des institutions fabuleusesque l’on rapporte à Charlemagne, telle que celle des anciens Pairs de France ; c’estdans le fond une idée si peu vraisemblable qu’elle n’a pas besoin de réfutation ; tou-tefois il faut reconnoître qu’elle a un principe dans la pratique de ce Prince, lequelen rétablissant le Parlement dans la dignité qui lui appartenoit, voulut que chacun yà jugé par ses pareils, selon l’ancien droit François que nous avons éxpofé dans lecommencement de cet ouvrage ; de plus, ce droit convenoit a celui des Fiefs que nousavons vû etre la forme du Gouvernement, préféré par Charlemagne ; mais au reste,on íçait trop que Rétablissement des anciens Pairs n’a point de rapport avec le tems

2 de

/