Band 
Tome premier.
Seite
163
JPEG-Download
 

Mémoires Historïcluès. r6z

Après la tnort du Roi Eudes, Herbert Comte de Vermandois se raccòmodà si bien Cmarlfsàvec le Roi Charles & g a g na tellement fa faveur qu’ìl l’engagea d’àbandonner les inté-têts du Comte de Flandres pour les siens, quoiqu’il eut été jufques-là son principal Pro-tecteur, il lui ôta la Ville d’Arras pour la donner à un Comte nommé Altmar, lequelen échange cedoit celle de Peronne à Herbert. Le Comte de Flandres, touché de cettepréférence, fut trouver le Roi pour s’éxpliquer avec lui, mais il en fut si mal reçû qu’ilfe retira mal content & demeura très-offenfé tant contre le Roi que contre l’Archevêquede Rheims, Foulques, qui étoit alors premier Ministre. Dans cette occurrence, Unio-march, Seigneur de Lille en Flandres, l’un de vassaux du Comte, entreprit de le van-ger & assassina P Archevêque au coin d’un bois où il l’avoit attendu fur son passage -, cemeurtre fait, il fe retira en Angleterre, où il mourut peu aprés de Phtyriasie, ou de lamaladie pediculaire ; ce qui fut regardé comme un châtiment divin, quoique ce fut a-lors un mal épidemique. En 902, Herbert premier de Vermandois fut tué, comme La chro-nous Pavons dit, par les Troupes du Comte de Flandres, il laissa les enfans, dont nousavons fait mention. Haric, Capitaine Normand, étant descendu par la Loire, brûla la rapporte laVille de Tours. En 905, Raoul, ou Rollon, autre Capitaine Normand, descendu par laRiviere de Seine, s’empara de Rouen & de tous les Païs voisins, toutefois non content Raoul àde cela, (parce qu’en effet le Païs étoit tout désert) il se jetta sur la Picardie, la Cham- l'âee§86pagne, le Païs Messin, & d’autre côté fur le Chartrain, le Perche & l’Orleannois : ilinsulta plusieurs fois Paris fans le pouvoir emporter ; il brûla une infinité de Villes &d’Eglises : cependant ses Troupes furent batuës en deux endroits, à Tonnerre par Ri-chard, Duc de Bourgogne, & à Chartres par l’Evêque de la Ville, nommée Gosseanne jces ravages durerent jufqu’à l’année 9n, que Raoul ayant commencé à goûter les remon-trances de P Archevêque de Rouen, donna quelque efperance de fa conversion au Chri-stianisme. Robert, alors Duc de France, songeant à s’en faire un appui solide pour ledessein qu’il avoit formé de s’emparer de la Couronne, fut le premier à proposer de luiabandonner la Neustrie depuis les Rivières d’Epte & d’Eure jusqu’à la Mer, avec lesterritoires de Bayeux, de Coutances, d’Avranches & l’hommage de Bretagne, Païs dontil étoit déja en possession. Cette négociation fe poussa si avant & si hûreusement, qu’en-fin Raoul reçût le baptême le jour de Pâques de l’année 912 & l’investiture du Païs quifut appelle Normandie, à titre de Fief mouvant de la Couronne de France: le Duc Ro-bert fut Parrain & le Roi lui donna fa fille Giselle pour Epouse, mais elle mourut peuaprès fans enfans, & le nouveau Duc reprit celle qu’il avoit quittée en fe faisant Chré-tien, de laquelle il avoit déja un fils, qui ayant reçû le Baptême avec lui, fut nomméGuillaume. Le tems fatal étoit arrivé où les Normands, après avoir désolé si long temsla France, dévoient servir à la repeupler, tous ceux qui fe trouvèrent alors dans le Ro-yaume Maîtres d’une quantité de Places le long des Rivières, particulièrement dans lePaïs du Maine, d’Anjou, de Poitou & de Bretagne, fe firent Chrétiens à l’éxemple deRaoul, & devinrent en peu de tems bons François.

Pour lui, que non seulement sa valeur, mais son esprit & son jugement distinguoientau dessus des Princes de son Siécle, il travailla puissamment à repeupler le Païs de íaconquête, premierement en y établissant la sécurité des personnes & des biens & y fai-sant fleurir une justice si éxacte que toutes les Histoires ne nous représentent rien decomparable à ce qui s'est pratiqué en Normandie sous son Gouvernement -, peut-êtreque la défense qu’il fit de s’y servir de ferrures ni de clefs, & que l’arbre d’argent qu'ondit qu’il fit planter près de Rouen, & qui y demeura cinq ans fins Gardes & fans qu’oaen detâchat une feuille, sont des fictions ; mais ce qui est de certain, c’est qu’il voulutque la feule invocation de son nom arrêtât toute sorte d’entrepriies & qu’eìle forçât lesplus rebelles à comparoître en justice ; c’est delà qu’est devenue la clameur de Haro quiîubsiste encore en Normandie, malgré tous les changemens qui y fout arrivez. Secon-dement, ce Prince mit tous ses Peuples en liberté, détruisit, dans toute fa Domination,

ce