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Tome premier.
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1 6^ Mémoires H i s t o r i î s.

Charles ce qu’on appelloit Id main morte, accordant la propriété des biens & le droit de Succeílion à tous les hommes indifféremment : cependant il voulut que les Normands, aux-quels il partagea toutes les terres féodalement, jouissent de la Dignité qui appartenoitde droit aux Conquerans du Pais, ' de forte toutefois qu’ils ne purent fouler les Peuples,ni les obliger autrement que par convention ; c’est pourquoi il retint toutes les Justicesen fa main, afin que les particuliers n’en pussent abuser. Ï1 pourvût aussi magnifique-ment à sa propre subsistance & à celle de tous ses Successeurs, en retenant à lui la pro-priété de tous les bois du Pais : mais le récit de tout ce qu’il fit d'utile à lés sujets, & deglorieux à fa mémoire, demanderoit un Ouvrage particulier ; ainsi je me bornerai àdire qu’il vécut trop peu pour asseurer l’éxécution parfaite des Loix qufil avoit établies,fur tout ayant laissé son fils mineur fous la tutele du Duc Robert son Parain. II mou-rut en 917 fur la fin de l'année, avec une circonstance qui est rapportée par la Chro-nique de S. Cybar, & qui mérité de n’être pas oubliée ; cette Chronique qui parle endiverses occasions de l’étroite Alliance entre le Comte de Poitou & le Conquérant delái Normandie, fait connoître que son Auteur étoit bien instruit de ce qui fe passoit chezl’un & chez l’autre Prince ; il rapporte donc que Raoul, ou Rollon, fe voyant près dela mort, peu certain entre la Religion du Pais de fa naissance, & celle qu’il avoit em-brassée nouvellement, fe détermina à donner à l’une & à l’autre une égale preuve de sonrespect, & que pour cela il envoya cent livres d’or pur, pour être distribuées aux primcipales Eglises de ses Etats, pendant que d’un autre côté il fit couper la têté à cent deses anciens captifs à l’honneur des Idoles qu’il avoit adorées la plus grande partie de favie, flattant les Dieux du Nord par le sang & le carnage, & celui des Chrétiens avecde l’or. On pourroit peut-être juger fur cet exemple de quelle efpece étoient pourl’ordinaire les confessions de ces Barbares, si la Chronique n’ajoutoit que la tête avoittourné au sage Rollon, Imminenti obitu , dit-elle, in amentiam versus efi.

Cette même année fut fatale à bien d’autres Grands, puis que le Comte de Flandres,Baudouin le Chauve, mourut aussi, laissant deux fils Arnoul & Adolphe, au dernierdefquels il donna pour partage Therouene, Boulogne & 8. Orner. Foulques le Roux,Comte d’Anjou, fils d’Indeger, mourut aussi, laissant fa Succession à Foulques le Bon,son fils. Enfin le Roi Conrard d’Allemagne mourut l’année suivante, ayant déféré laCouronne à Henri, Duc de Saxe, qui a été surnommé l’Oiseleur ; le Roi Charles deFrance profita de cette conjoncture pour reprendre la Lorraine jufqu’au Rhin. Maispendant qu’il travailloit à étendre ses limites, le Duc Robert, qui dresiòit depuis longtems fa cabale pour le détrôner & occuper fa place, fe déclara tout à coup avec Gifal-bert, qui avoit épousé une fille de Henri Roi d’Allemagne, & Otton, tous deux fils duDuc Régnier ; les autres Seigneurs, dont le but n’étoit que de fe procurer l’indepen-dance & la propriété de leurs Gouvernemens, n’eurent pas de peine à entrer dans ceparti, de forte que Charles fe trouva tout à coup abandonné & réduit au point de n'a-voir d’autre subsistance que celle que lui procura Hervé, Archevêque de Rheims -, à lafin ce Prélat obtint néanmoins des Factieux qu’ils lui laisser oient le titre de la Royauté,comme lui de ía part s’engagea à ne leur ôter aucun de leurs Emplois ou de leursTerres.