i8x Memoíres Historiques.
Hweufs l’Orleanois, étoient inféodez à lá Màifon qui-monta alors fur le Trône, &c’estce quila rendoit beaucoup plus puissante qUe ne l’ëtoient les Rois dépossédez, à qui il ne re-stoit que les Villes de Picardie, dont nous avons fait mention. II est vrai toutefois queles Ducs de France a voient pris eux-mêmes'la méthode des inféodations, dont la foileur étoit portée, & le service rendu par préférence aux Rois, & telles furent la cessi-on de l’Anjou à Ingelger, qui étoit déja Comte de Gâtinois & celles des Comtez deChartres, Blois, Tours, à Thibault le Trichard, qui pour cette raison n’étoit pas contédans le nombre des Seigneurs du Royaume, mais bien pour un Vassal du Duc Hu-gués le Blanc, & qui fut en conséquence rejette d’un Parlement François, comme onle voit dans les Annales de Rhëirns fur Pan 964. L’Aquitaine auroit été fans doutele plus grand Fief du Royaume, s’il avoit été réuni fous une même main, mais, ou-tre que la Famille, a laquelle il fut donné, fe diVifa & se subdivisa en une infinité: deBranches, il y eut dans cette grande étendue quantité de Seigneurs qui fçûrent tirerparti du désordre général âe la Monarchie, & l’on y remarque, outre les Gascons quine reconnoissoient presque point la Royauté des François, les Comtes de la Marche &d’Angoulême, les Vicomtes de Perigord, entre lesquels Audebert, qui vivoit au temsde Hugues Capet, scût bien lui répondre qu’il étoit Vicomte de fa Terre à meilleur ti-tre qu'il n’étoit Roi, parce qu’il la tenoit de son pere. Dans le Berry les Comtes &Vicomtes de Bourges, les Seigneurs de Deols & de Château-Roux, les Sires de Bour- .bon, & enfin les Ducs d’Auvergne, qui étoient tous en possession de leurs Terres & enjouïssoient même presque sans féodalité. Quant aux Comtes de Poitou qui devinrentplus puissans que tous les autres, parce que leur terrain fe trouva le meilleur & le plus ,étendu, il suffit de ce qui a été observé dans la narration précédente, pour en pouvoir ;conclurre qu’ils ne dévoient rien aux grâces des Princes Capétiens, lesquels au con-,traire avoient fait tant d’essorts inutiles pour les déposséder. Enfin, fi nous passons à.la considération du Languedoc, tors appellé Gothie ou Septímanie, nous.trouverons quel’hommage y étoit reçû dès le terris de Charles de Chauve, & que les Rois Eudes &Robert, ayeuls de Capes, loin dé disputer la possession d’Ermengaud & de Raimond,qui en étoient Comtes de leur tems, s’empresserent de les recevoir à leur hommage &de les aller chercher pour en tirer cette soumission : il en est de même des Successeursde Charles le Simple, qui les mirent efficacement dans leurs intérêts, comme nous Pa-vons vû dans la fuite de l’Histoire.
Concluons à présent, & jugeons s’il est possible en faveur de la foule des flatteurs mo-dernes, qui veulent que tout ce qu’il y a d’hommes fous le commandement de nos Rois,tiennent leurs biens de la libéralité qu’ils ont éxercée envers les uns & les autres, soitpour en faire des-Seigneurs, soit pour en faire de simples Propriétaires, ou des sujets ta il-lables : Mais cela n’est point nécessaire, puis que, grâces au Ciel, nos Princes très-Chré-tiens abhorrent, aussi sincèrement que nous pouvons le desirer, les Maximes du Maho-metisme & la barbare Loi de l’Orient qui a anéanti la propriété des biens ; eux qui dansles tems précédens ont si souvent laissé aux Etats du Royaume, & quelquefois à de sim-ples Magistrats, la liberté de leur représenter, que les biens des François font aussi li-bres que leur personnes, & que les Rois en font également les Protecteurs. Enfin,,puis que nos Princes ont reçû une éducation si hûreuse, je ne dois jamais appréhenderqu’ils puissent préférer une Histoire flatteuse & déguisée, à la naïve vérité que j’éxposeici, sans autre intérêt que celui de leur gloire & du bien de l’Etat en général.
Fin des Mémoires Hìftoriques fur ïancien Gouvernement 'de France.