Etat de la France. Z99
Le Dauphine a un avantage considérable par comparaison aux autres Païs des montagnes, Dau-c’est celui d’avoir une quantité suffisante de bois pour brûler & même pour bâtir : il y a des phine.Forêts de chêne qui portent des bois propres à la construction des navires 6c des galères, d’au-^""^-"»tres dc sapin pour la grande & petite mâture. Les principales forêts font du côté dc Guil- d™ Pais-lestre & de la grande Chartreuse. D'ailleurs le Dauphine produit abondamment des grains detoutes espèces 6t des legutnes, du lin 6c du chanvre dont on sème quantité dans tout le bas^âà.Dauphine, 6c particulièrement dans le Viennois, le haut Valentinois 6c l’Election de Ro-mans. II y a quantité de vignes dans toute la Province, à l’éxception néanmoins du Brian- vigmblu .çonnois, où il ne s’en trouve qu’à Exiles & à Chaumont dans le voisinage de Suze. Lesvignobles de la plus grande réputation font ceux de Vienne 6c de Tain connus fous le nom deCôterotie. II y a auffi dans toute la Province quantité de châtaigniers 6c de noyers, qui fontune grande ressource pour les peuples ; il s’y trouve auffi des meuriers blancs dont les feuillesservent à la nourriture des vers à foye & quantité d’amandiers 6c d’oliviers. Les Botanistesfréquentent les montagnes pour y découvrir les plantes les plus rares 6c qu’on ne voit ailleursdans aucun autre Pais. Les montagnes de Premol qui est une Chartreuse de filles à troislieues de Grenoble, de Pesiez 6c de Grave dans le Mandement d’Oysans, 6c celle de Toulanddans le Dyois, près de l’Abbaïe de Lyoncelle, font plus fréquentes qu’aucune autre en cet-te espèce de rareté. On recueille par tout le Briançonnois de la manne peu inferieure à celle Manntde Calabre, si toutefois ou veut bien croire que ce soit une rosée condensée ou sêchée parchaleur du soleil, car les plus sincères Droguistes avouent que cette résiné n’est que le suc del’arbre de frêne epaiíîïe par la chaleur du feu. La pluspart des autres montagnes contiennent Pâturages.d’excellens pâturages pour la nourriture des gros bestiaux, le laict que les vaches y rendent estconverti en beurre & en fromages qui font d’un grand débit dans tout le Royaume : les meil-leures montagnes de cette espèce sont celles de Sassenage 6c d’Oyíàns dans l'Election de Gre-noble ; celle de Gresses de Valdromme & de Vevors dans le Dyois ; celles de Vars 6c desOrres dans l’Ambrunois Sc celles de Queyras Sc de Pragelas dans le Briançonnois. Les terres mture desfont extrêmement fortes dans le Grasivau dan, dans une partie du Viennois Sc dans le Vútn- terres 'tinois, elles font plus legeres dans la partie basse du même Canton 6c ne laissent pas de donnerde bonnes récoltés. Pour tout le reste de la Province l’Auteur assure que, malgré la diminu-tion des Habitans, qui a été causée par la guerre 6c les autres accidens,il n’y a point de bonnesterres ni même de médiocres qui ne soient cultivées.
L’auteur assure encore qu’en général les Habitans du Dauphiné ont de l’esprit, mais il a- c ara flirtvoue que le caractère n’en est ni aimable ni poli : il dit que l’industrie est particulièrement le des Iub ‘-partage des peuples du Briançonnois lesquels ordinairement avec les plus foibles commence-^” 1 *mens que l’on puisse imaginer, acquièrent par leur application des richesses considérables :le moyen qu’ils employent communément à cette fin est le Commerce, qu’ils vont faire in-différemment en France, en Italie, en Espagne 6c même en Portugal, étans d’ailleurs labori-eux £c oeconomes au souverain degré. L’infertilité de leur Païs, qui refuse à leurs travauxdes récoltés médiocres, les engage à la nécessité ou de se palier de beaucoup de choses ou dese les procurer par le trafic. Au contraire des Habitans de la Plaine, que l'abondance rendparesseux, desorte qu’on ne peut faire aucune comparaison de la force pécuniaire entre les uns& les autres, tant il est vrai que la Providence distribue les talens à proportion des besoins.
Au reste le caractère ordinaire des Dauphinois, à l’exception néanmoins d’un petit nombreauxquels on peut rencontrer autant de droiture, de seureté 6c d’ouverture de coeur qu’en au-cune autre Province, est d’être fin 6 C caché : le moyen le plus seur de les surprendre, est deles avertir de ce qu’on veut faire quelque tems avant d’y travailler, ils sont si éloignez d’unesemblable confiance qu’ls ne fçauroient la concevoir dans les autres 6c ils la prennent toujoursau contrepied. D’ailleurs il y a auffi peu de liaison d’amitié entre les particuliers que de hainesformées, ils demeurent les uns à l’égard des autres dans une disposition toujours susceptibledes mouvemens de tendresse ou d’aversion qu'ils veulent lui donner 6c qui lui donnent tou-jours par rapport à leur intérêt, n’y ayant, selon l’Auteur, aucun Païs où l’on y ait plus d’at- nm brttension qu’en celui-ci. A l’égard du nombre du Peuple, l’Autèur le juge diminué d’une du Peuple.
huitième