4^8 Etat de la France.
D a u- sion horà de propos, la matière me paroit si digne de curiosité qu’en fa faveur je crois ne de-
PH inó. voir pas être scrupuleux sur l’ordre de cet Extrait. II faut, ce me semble, distinguer trois
4 —"—tenis differens à cet égard ; celui qui suivit immediatement chaque Conquête jufqu’à la Dic-tature de Jules César qui fut un espace pendant lequel les Préteurs 8c les Proconsuls n’avoientd’autres réglés que leur volonté. Fonteius Capito Proconsul de la Narbonnoife 8c par con-séquent du Dauphiné, avant la révolté dont il sera parlé ci-après, fut accusé au Sénat parlesAllobroges, de les avoir chargez avec excès par des levées d’hommes forcées, par des fourni-tures de bled aux magazins 8c par des impôts pécuniaires au delà de leurs forces ; ce qui ex-plique les trois sortes de charges ordinaires des Provinces quand elles n’avoient point de privi-lèges. Le second tems est celui de Jules César qui, pour aider les Peuples à porter la pesan-teur du joug Romain, retrancha cette puissance arbitraire des Gouverneurs 8c fixa lui mêmela quotité 8c quantité des impôts de chaque Province. Le troisième tems est celui d’Auguste8c des Empereurs qui l’ont suivi, qui n’a pas été fans variation ; toutefois on y remarque gé-néralement de la distinction des deux droits primitifs, le tribut, 8c le veótigal : le premier serapporte à la déclaration qui se devoit faire par chaque propriétaire devant le Censeur ou Cen-siteur de la Province, des biens meubles 8c immeubles, art, trafic, negoce, industrie 8c gé-néralement de tout ce qu’ils possèdoient ; le second sc rapporte aux péages, douannes, gabel-les, 8c redevance en grains, fourages & argent pour avoir 1a jouissance 8c la propriété de cer-tains fonds. En conséquence de ce dernier droit on payoit les entrées aux portes des Villes,
la douanne dans les ports de mer 8c elle étoit si forte qu’elle étoit fixée pour la plus part desmarchandises au huitième de leur valeur, mais à Pégard de celles qui venoient des terres horsde la domination Romaine, il n’y avoit aucune mesure, parce qu’on vouloir en degouter lepeuple. La vente du sel qui avoit été longtems une marchandise libre à tout le monde futrèstrainte, Tan f 48 de la fondation de Rome, fous la censure de Livius surnommé par cetteraison Salinator , à certains Traitans qui seuls avoient droit de le debiter : le motif de cechangement fut la mauvaise qualité du sel que Ton vendoit communément 8c le haut prix oùles Marchands le tenoient. En effet le Peuple fut soulagé par le nouvel ordre qui fut mis surcette denrée, mais il n’en profita pas longtems ; les Ministres appeliez aux Gouvernement-des interets publics deviennent en peu de tems les ennemis des interets particuliers, d’où il ar _rive que ce qui a été inventé pour le soulagement commun, devient la cause d’une oppressionuniverselle, parceque le général n’est formé que des particuliers, ainsi la vente du sel fut ré-duite en ferme publique 8c les abus, les concussions la rendirent aussi odieuse parmi les Ro-mains, qu’elle Test aujourd’hui parmi nous. On nommoit les Traitans du sel Alabarchte. AT égard des autres impôts fonciers, ils prirent leur origine de la coutume generale qui étoiten usage, que les Vaincus perdissent la propriété de leurs fonds dont les Vainqueurs s’empa-roient, laissant les terres de rebut à leurs nouveaux sujets, à des conditions onéreuses de payerle dixième ou le cinquième de leurs fruits. Les terres communes tomberent dans le même ca schâque particulier qui y prétendoit droit d’usage, étant obligé à un Enregistrement public de íapersonne 8c de ses bestiaux, on le nommoit Scriptura , la maniéré de T obtenir étoit le payementde certaine finance differemment taxée. Outre tous ces impôts, Auguste en établit d’autres sousle nom de Caisse militaire, sçavoir la vingtième partie deshereditez, la vingtcinquiéme du prix desesclaves 8c la centième des marchandises: l’Italie ni les Cités jouissantes de ces privilèges ne fu-rent point exemptes de ces droits, quoiqu’elles le fussent de l’impost cenfuel dont il a été parlé.Nous avons dèja dit que ce troisième âge des impôts fut sujet à divers changemens, tels qu’onles peut concevoir dans un Gouvernement arbitraire, mais ce qui est étonnant, c’est que lesPrinces les plus odieux par leurs deréglemens ont été les plus indulgens aux Peuples j Caligu-la exempta T Italie de l’impost du centième, Néron ôta le vingtcinquiéme du prix des esclaves8c eut la pensée d’abolir tous les subsides de la caisse, C e qu’il auroit fait lans Topposition desplus sages Sénateurs, qui l’obligerent à restraindre f a bonté, à accorder la prescription contrele fisc pour le terme d’un an 8c à rendre public par des affiches les droits du même fisc, a finque personne n’y fut trompé. Trajan, Adrian Sc Antoninus y firent encore d’autres change-mens, pour en adoucir la rigueur. Enfin Gratien fit des loix si favorables au Peuple, qu’il
sembloit