DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. I. 5tenfin le traité de Trochoïde ou de la cycloïde, sujet qui nousoccupera dans peu. Nous remarquerons en passant que, quoi-que habile géomètre , M. de lloberval n’eut jamais l’art d’ex-poser ses idées avec netteté et précision. Les écrits dont nous
f >arlons en fournissent la preuve. Souvent toutes les lettres de'alphabet, avec une foule de chiffres, suflisent à peine pourses ligures , tant elles sont compliquées. Les lecteurs les plusversés dans la méthode ancienne, ont peine à tenir contre la.prolixité et 1’embarras de ses démonstrations.
M. de lloberval fut un des membres de l’Académie desSciences, dès l’époque de son institution en i665. 11 occupapendant environ 4° ans la chaire de mathématiques du collègeGervais , fondée par Ramus , et qui, suivant les statuts de sonétablissement, devoit être remise au concours tous les troisans. C’est par cette raison qu’il s’excuse d’avoir tenu long-temps caché quantité de belles choses qu’il avoit découvertes ,et qu’il réservoit, dit-il , pour l’occasion et pour se maintenirdans sa place. Mais je crois plutôt que cela venoit de son ca-ractère mystérieux, et si je l’ose dire, un peu pédantesque.Sa violente lettre à Torricelli, paroît justifier cette épithète.
C’est à Roberval qu’on attribue une réponse, dont les détrac-teurs des sciences exactes ont fait quelquefois usage, pourprouver que ces sciences dessèchent l’esprit et anéantissentle goût. On dit, je ne sais sur quel fondement, qu''assistant àune tragédie, il fut questionné sur l’impression qu’il en re-cevoit, et qu’il dit : qu’est-ce que cela prouve. A celaje répondrai; i°. que peut-être le fait n’est pas plus vrai, quetant d’autres que la malignité invente chaque jour, pour dé-primer les savans ou les compagnies savantes. a°. Que lapièce étoit peut-être pitoyable, car il s’en jouoit de semblables,quoique Corneille eût déjà produit quelques-uns, ou la plûpartde ses chefs-d’œuvres ; alors c'eût été preuve de goût dansRoberval, d’avoir trouvé la pièce plate, et de l’avoir exprimépar une sorte de plaisanterie géométrique. 3°. Enfin, l’on peutdire que dans ce temps, oìi le savoir étoit plus en profondeurqu’en surface, les savans étoient pour la plûpart fort concen-trés dans le cercle de leurs études, et extrêmement neufs surtout autre objet. Mais si nous trouvons Roberval ridicule, àcause de son insensibilité à la poésie, que dirons-nous dePascal , du célèbre Pascal qui n’y a jamais vu rien de plusque dans un bouquet à Iris? Cependant, Malherbe, et quiplus est, Corneille, avoient déjà paru. Quoi! Pascal n’auroitjamais lu une Ode de Malherbe, ou une Tragédie de Cor-neille! Cette insensibilité vaudroit presque la réponse de Roberval.