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pendant quelques années ses progrès. II est des préjugés jusquesdans la géométrie , et il est rare que ceux qui sont dès long"temps accoutumés à une certaine manière de raisonner soientdisposés à quitter une ancienne habitude pour en contracterune nouvelle. D’ailleurs, l’ouvrage de Descartes étoit écrit avecune si grande précision , qu’l ne pouvoit y avoir qu’un fortpetit nombre de personnes en état de l’entendre, Descartes avoitenfin ses ennemis , qui déprirnoient ses inventions de toutleur pouvoir ; ces raisons réunies produisirent l’opposition querencontra d’abord son ouvrage. La plupart des géomètres d uncertain âge se mirent peu en peine d’y pénétrer , et quelquesautres ne s’attachèrent qu’à le critiquer, sans lui rendre lajustice que méritoient les découvertes même qu’iis ne pouvoientse refuser d’y reconnoître.
Parmi ces détracteurs de la géométrie de Descartes , noussommes fâchés de trouver M. de Roberval. Nous ne pouvonsdissimuler qu’il se comporta à cet égard d’une manière fortpassionnée , et qui lui fait peu d’honneur. Son histoire avecmilord Çavendish mérite d’être racontée. S’entretenant un jouravec ce seigneur anglois , qui étoit lui-même versé dans ì’al-
t èbre et l’anaiyse , il lui témoignoit être inquiet d’où étoit venueDescartes l’idée d’égaler tous les termes d’une équation àzéro. Milord Çavendish lui dit qu’il n'ignoroit cela que paresqu’il étoit François, et lui offrit de lui montrer le livre auquelDescartes devoit cette invention. En effet, il le mena chez luiet lui montra l’endroit d’Harriot où l’on voit la même chose ;sur quoi Roberval , transporté de joie , s’écria ; ìl Va vu , ilVa vu ! et ií le publia de toute part. Ce trait ne nous offre ,il est vrai, encore qu’une preuve de la jalousie de Roberval;mais il ne s’en tint pas là. 11 prétendit relever dans la géo-métrie de Descartes plusieurs sautes , et c’est en qnoi il estinexcusable; car ses objections sont toutes mauvaises, et neprouvent que sa passion et son opiniâtreté. II objecta d’abordà Descartes qu’il s’étoit trompé dans sa construction des équa-tions du sixième degré , et qu’il avoit omis une portion de saconchoïde parabolique, sans laquelle un cercle ne pouvoit lacouper en six points , en quoi il avoit tort, ainsi que l’ontdepuis démontré M. Hudde (1) et le P, Rabuel (2). Descarteslui indiquoit un moyen facile de se convaincre de cette possi-bilité ; cependant, malgré le temps qu’U avoit eu pour s’enassurer, on le voit encore dix ans après renouvelles à Descartescette objection ( 3 ). Roberval ne s’en tint pas à cette première
(1) Schooten , Cornm ad fiaem. ( 3 ) Lett. de Descartes, édit. in-V'
(î) Comm. sur la géom de Descartes. tom, III, pag. 454.
objection,