DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. III. ai3peu intelligible. Quoi qu’il en soit, il est notoire aujourd’huiqu’un corps très-gros, un boulet de canon, par exemple, sus-pendu par une corde , sera mis eu mouvement par le choc d’uneballe de pistolet. Je n'ignore pas que Descartes tâche de rendreraison de cet eí’íèt : il dit qu'un corps plongé dans un fluide,est dans un équilibre parlait avec les parties de ce fluide quile choquent, les unes d'un côté , et les autres de l’autre , desorte que le choc d'un autre corps , quelque petit qu’il soit ,venant s’y joindre, ne fait qu emporter l’équilibre ( 1 ). Mais,nous Poserons dire , malgré le respect dû. au philosophe fran-çois , ce n’est là qu’une défaite inadmissible.
il y a encore dans les règles de Descartes un manque d’ana-logiè et de liaison , dont voici un exemple ; lorsque deux corpsmus d’égale vitesse se rencontrent , ils se réfléchissent , ditDescartes , l’un et l’autre ; mais diminuez tant soit peu l’undes deux , alors , suivant lui, le moindre se réfléchit avec toutesa vitesse, et le plus grand continue avec la sienne toute entière.Cependant la raison persuade qu’un changement aussi léger n’estpas capable d’opérer un effet aussi opposé ; car la nature n’agitpas ordinairement de cette manière ; les lois du choc admisesaujourd’hui parmi les mécaniciens , n’ont pas un pareil défaut ;on y volt toujours le mouvement se changer en repos ou enmouvement contraire par gradation. Dans celles de Descartestout se fait par saut, comme s’il n’y avoit pas entre elles lamoindre liaison, la moindre dépendance d’un même principe.Nous supprimons , aíin d’abréger , plusieurs autres réflexionsqui se présentent à nous sur les défauts de ces règles quipèchent de tous les côtés ; comment se peut-il faire qu’un aussigrand géomètre n’ait pas saisi cet objet sous un point de vueplus géométrique.
11 paroît cependant par les lettres de Descartes qu’il a quel-quefois raisonné plus sainement sur les lois dn choc ; car dansla quarante-quatrième du second volume, il assigne la véritableloi , dans le cas où un corps en choque un autre quelconqueen repos. II prétend ici que le mouvement du corps choquantse répartit sur la masse des deux , la vitesse diminuant en mêmeraison que la masse est augmentée , ce qui est conforme à lavérité. Nous ne doutons en aucune manière que Descartes n’eûtparfaitement réussi à démêler les vrais lois de la communica-tion du mouvement, s’il n’eût pas été préoccupé de l’idée deles faire cadrer avec son système général ; on ne peut tropregretter qu'il ait embrassé un plan aussi vaste. S’il se fût adonnéuniquement à perfectionner diverses branches de la physique ,
(>) Princip. pag. n> art. 56 .