212 HISTOIRE
terons , qui est entièrement contraire à l’idée que nous devonsavoir de la matière. En effet, nous ne pouvons la regarder quecomme une substance purement passive et incapable d’action ;or , qui dit force , dit action , par conséquent la matière étantincapable de la dernière , l’est également de la première. Toutel’inertie des corps ne consiste qu’en ce qu’il faut une force pourimprimer un mouvement à un corps , puisqu’il ne sauroit delui-même changer d'état; et qu’il en faut une plus grande pourlui donner une plus grande vitesse. Quant à la preuve queDescartes prétend donner de son sentiment, preuve qu’il tirede i’immutabilité divine , qui consiste à laisser les choses dansl’état où elles sont lorsque rien ne tend à les en tirer, elle estabsolument sans force ; car cette immutabilité est très-compa-tibie avec le sentiment contraire ; il suffit qu’il y ait un chocpour qu’il y ait motif à un changement.
Après les observations que l’on vient de faire sur les prin-cipes que Descartes a employés dans sa recherche des lois d uchoc , il est facile d’en porter un jugement. La première , où ils’agit de deux corps égaux et parfaitement durs, qui se choquentavec des vitesses égales , est fausse ; ces deux corps ne doiventpas se réfléchir , mais s’arrêter tout court ; car la force dechacun est uniquement employée à détruire le mouvement del’autre ; et comme on ne les suppose point élastiques, il n’y aaucune cause capable de rétablir le mouvement détruit ; «fail-le u rs si ces deux corps se réflécbissoient l’un à la rencontre del’autre, le ressort seroit absolument inutile.
La seconde règle est encore fausse par une suite des deuxfaux principes adoptés par Descartes. En raisonnant plus con-formément aux saines idées du mouvement , il auroit trouvéque dans le choc le mouvement du petit corps auroit été dé-truit, et qu’il en auroit été détruit autant dans le grand , et quele surplus se distribuant sur la masse de l’un et de l’autre, ilsauroient dû aller'dans la direction du plus grand. Je passe latroisième règle pour m’arrêter un peu à la quatrième , qui estd’une fausseté évidente et des plus contraires à l’expérience.
Dans cette règle Descartes veut que, si un corps en reposest choqué par un autre tant soit peu moindre, celui-ci nepuisse le mettre en mouvement, et qu’il soit obligé de se réflé-chir avec toute sa vitesse. 11 falloit que les premiers Cartésiensfussent des gens d’une singulière docilité pour admettre uneproposition semblable. Aussi l’un des plus éclairés (M. Clerselier)ìui fit des difficultés à ce sujet, et Descartes tenta de lui ré-pondre ( 1 ), ce qu’il fit par un raisonnement qui m’a paru fort
(i) Lett» 117, tom, L