DES MATHÉMATIQUES. Part. V. Liv. VI. Htle l’ombre de la terre dans les éclipses dément absolument.. Desi grandes difficultés déinontroient seulement que Riccioli etSnellius s’étoient considérablement trompés ; et que l’on ne pou-voit tirer aucune conséquence légitime de leurs mesures.
Mais cette opinion de l’alongement de la terre parut quelquesannées après recevoir un degré de certitude. On a vu dans l’His-toire de l’astronomie, pour le siècle précédent, que l’on avoitcommencé en 1672 à mesurer géométriquement toute l’étenduede la méridienne de Paris, prolongée au travers de la France.Cette opération astronomique, suspendue en 167), reprise en1700 ct 1701 , fut enfin achevée en 1716. Or, il parut résulterde cette mesure, que le degré loin de croître de l’équateur aupôle, alloit au contraire en décroissant. Car on trouvoit quela grandeur moyenne que donnoient les six degrés ~ mesurés auau midi de Paris étoitde cinquante sept mille quatre-vingt douzetoises , tandis que celle des degrés mesurés au nord n’étoit quede cinquante-six mille neuf cent soixante. Cette différence donneun accroissement de degré en allant du pôle à l’équateur, quiest d’environ trente toises, d’où l’on devoit conclure que la terreavoit la forme d’un sphéroïde alongé , et que le rapport de sonaxe au diamètre de son équateur, étoit de quatre-vingt seize àquatre-vingt-quinze.
Une chose assez singulière à remarquer ici, c’est que quoiqueces premières mesures de la méridienne en France donnassentou parussent donner un degré continuellement croissant du midi,on croyoit en tirer légitimement la conséquence que la terreétoit applatie par les pôles. Mais nous devons remarquer aussique Cassini , Fontenelle se redressèrent eux-mêmes à cet égardet sans attendre, comme on l’a dit, qu’un nommé Roubaix deTurcoin, eût fait voir dans une dissertation particulière (t) quecet alongement des degrés du méridien en allant vers le midiindiquoit au contraire l’alongement de la figure de la terre versles pôles, et non son applatissement; car l’ouvrage de Roubaix,ne parut qu’en 1719 , et l’on avoit reconnu dans les Mémoiresde L’AcadémieXa. vraie conséquence de l’allongement des degrésen allant vers l’équateur. Ceci nous engage à faire voir ici com-ment de l’accroissement ou de la diminution des degrés de la-titude vers le nord , on doit conclure l’applatisseinent ou l’a-longement de la figure de la terre dans le sens de son axe.
Pour juger de la figure de la terre par l’accroissement ou ladiminution des degrés de latitude, on faisoit un raisonnement
(1) Dissertation physique concernant la forme du globe de la terre , ladiminution des graves et le flux et le reflux de la mer. Leyde, 1719,