DES MATHÉMATIQUES. Part. V. LiV. VII. 3 77q«e les os de Pierre d’Abano, et où l’on brûla bientôt aprèsJordan Brunus, on ne dit mot à Cardan ; tant il est vrai qu iln ’y a dans ce monde qu’heur et malheur. On dit que Cardanpour ne pas faire mentir son horoscope se laissa mourir defaim, cela n’est pas vrai. Il mourut même plutôt qu’il ne s’yattendoit. On peut voir les éditions de tous ses ouvrages dansla Bibliographie astronomique du cit. de la Lande.
Junctinus mérite encore ici une place à cause de ses ouvragesdont le premier tome est absolument consacré à l’astrologie pure;le second l’est aux vérités astronomiques et n’est pas sans mé-rite pour le temps. Junctinus, dont le nom étoit Giontini, vinten France avec Catherine de Médicis, dont il fût l’astrologue,en même-temps qu’il étoit aumônier du duc d’Anjou. Ce futpour lui que fut élevée la colonne qu’on voit encore à la Halleau Blé. Mais ces titres ne l’empêchèrent pas de mourir à Lyon,fort disgracié de la fortune ; car il fut sur la fin de sa vie cor-recteur d’imprimeiie. II n’avoit pas vu cela dans le ciel.
Enfin, un grand protecteur de l’astrologie dans le mêmesiècle, fut le comte de Rantzau, allié de Tycho-Brahé; on ade lui un ouvrage assez étendu où il en prend la défense ;maïs il servit l’astronornie par quelques ouvrages utiles, ainsi quepar son crédit à la cour de Copenhague et à celle de l'empe-reur. Ce crédit fut de la plus grande utilité à Tycho-Brahé, quin’auroit peut-être jamais obtenu l’île d’IIuène , ni les secoursde l’empereur Rodolphe, si Rantzau ne les eût vivement sollicités.
Le dix-septième siècle, jusques vers la moitié de son cours,fut encore infecté des rêveries de l’astrologie judiciaire. On vitpendant cette période de temps plusieurs astronomes habilestenir encore à ce préjugé. De ce nombre fut Argoli, qui tra-vailla d’ailleurs assez utilement pour l’astronomie. 11 donna en1608 un ouvrage où il présente quelques centaines de thèmescélestes d’hommes célèbres de son temps, pour démontrer par-làl’iníluence des astres sur leur vie et leur mort. Mais les loisde l’astrologie sont si vagues, si versatiles, que sacbant la vied’un homme et sa mort, on trouvoit toujours un thème célestequi les annonçoit. II est plaisant de voir Argoli dresser deshoroscopes d’après 1 heure et la minute de la naissance deplusieurs de ces hommes sortis d’un état si bas, que ce seroitbeaucoup leur accorder d’avoir connu le jour où ils étoientvenus au monde. A qui persuadera-t-on , par exemple, que lepère de Sixte V, gardeur de cochons, eût conservé l’heureet la minute de la naissance de son fils, comme on le faisoitpour un dauphin de France?
Que ne pouvons nous effacer entièrement du nom de l'im-mortel Kepler la légère tache d’avoir encore tenu à l’astrologie !
Tome IV, B b b