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architecture.
OBSERVATIONS.
JL E bagne est une prison. Ceux qui
I habitent sont condamnes aux galères ,& employés aux travaux les plus vils& les plus pénibles du port, ce quiles distingue peu des esclaves : & bail-leurs c’est presque le seul bâtiment quiait été élevé dans la vue directe derenfermer des coupables de cette espece.
II a été construit avec une dépense &tine somptuosité au-dessus de tout cequi a été fait en ce genre. On se servoitordinairement de divers bâtimens , cons-truits pour d’autres usages, qu’on ren-doit propres à renfermer les forçats,moyennant quelques légeres réparations ;c’est ainsi qu’à Marseille ils occupoientune partie de la manufacture ; à Toulon,partie des magasins; & dans le levant,des maisons occupées auparavant par desparticuliers.
Marseille & Toulon croient donc lesseuls ports où ils y en eût en France.Lorsque Sa Majesté eut incorporé lamarine des galères dans celle des vais-seaux , ce premier port fut abandonnépar le roi , & la chiourme fct distribuéeaux ports de Toulon & Brest , où ellefût logée dans la corderie - bafíè , enattendant la construction du bagne , quele choix de l’endroit retarda quelquetemps. Les uns le vouloient au milieudu port, fans songer à examiner si l’é-tendue qu’il exige , s’y trouvoit ; lesautres à l’extrémité du port , au piédes montagnes , fans envisager si les
eaux & autres commodités indispensablespouvoient s’y rencontrer ; l’on fut mêmejusqu’à le proposer près des hangars-,hors l’enceinte de la ville , à l’extrémité desglacis , ce qui eût été encore contre lesréglés les plus simples de la fortification ;& le peu de secours qu’on auroit pu luidonner en cas preste , eût porté à larévolte des gens qui ne peuvent recou-vrer leur liberté que par ce moyen ;d’ailleurs le trajet qu’ils auroient eu àfaire pour se rendre à leurs travaux ,enlevois la moitié du temps qu’ils pou-voient y employer. Tandis que ces dif-férons sentimens se détruisoient , je saisisFemplacement avantageux qui se trouvoitderrière la corderie-haute, devant les"casernes & à côté de l’hûpital, pour yplacer les forçats. Là ils ont un freindans leur révolte , une ressource dansleur maladie , & des eaux en abondance >fans ôter fur le rivage du port un em-placement beaucoup plus essentiel à desmagasins d'un usage fréquent aux ar-memens.
L’emplacement choisi , il s’agissoit dedonner à ce bâtiment tous les degrés deperfection dont il étoit susceptible- Pourcet effet , je ne pouvois mieux m’a-dresser qu’à M. Mistral , commissairedes galères , nommé par la cour pour ledétail du bagne & aux différons bas-officiers qui étoient fous ses ordres , dequi j’ai tiré les vues générales qui m’é-toient nécessaires. Je vais développer les