r A R C H I TE
idées que je conçus aîors , pour parvenirà maintenir aisément la police , à éviterPévasion des forçats, & leur fournir lesbesoins indispensables de la vie : c’étoient-là les trois points principaux qui dévoientdiriger mon entreprise.
Les forçats étant en grand nombre ,on doit fur - tout redouter qu’ils ne s’ac-cordententr’eux pour se procurer la liberté.Le premier objet doit être par consé-quent à les diviser & subdiviser de façonqu’ils ne puissent pas se donner de secoursmutuels, ni comploter entreux, obser-vant néanmoins d’éviter dans cette sub-division un trop grand nombre départies,ce qui multiplieroit les gardes & lesbesoins communs à chaque division.C’esl à quoi l’on a pourvu, en coupantl’étendue du bagne par le pavillon dumilieu, & lui donnant un étage ; parce moyen , le bagne de 130 toises delong , est distribué en quatre salles,& looco forçats en quatre bandes. Lesdeux pavillons des extrémités ( planche 11au plan. 43. ) qu’on a eu foin de ménagerpour loger les bas - officiers qui fontdestinés à la garde du bagne , mettentles plus mal intentionnés d’entre lesforçats , hors d’état d’exécuter les projetsqu’ils pourroient former. Dénués dusecours qu’ils pourroient avoir de leurscamarades, vus & enveloppés de toutesparts, que peuvent-ils entreprendre ?
Chaque salle doit avoir ses commoditésparticulières , consistantes en latrines,fontaines , cuisine & taverne; chacunede ces salles est coupée en deux parun mur de quatre piés d’épaisseur , quipasse dans le milieu de la largeur.
L ^emplacement du terrain déterminantla longueur du bâtiment, ne me laissoit
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que le moyen d’en augmenter la lar-geur pour pouvoir contenir les 10000forçats & leurs gardes. Cette largeurdevoir être d'autant plus considérable ,que les tolas ( planche II. au plan. 38,les numéros depuis 1 jusqu au 28 , sontle s numéros des tolas dans chaque salle ,& dans le prosl de la quatrième par-tie 1 z , font les profils des tolas ) .,qui ne font autres choses que des litsde camp de quatorze piés en quarté,forment une arrête dans le milieu séparéepar une planche où font les têtes devingt forçats , qui y couchent dix d’uncoté & dix de l’autre. Les bois quenous tirons du port n’étant pas assezlongs , je projettai le mur , dont j'aiparlé plus haut , avec d’autant plus deplaisir , qu’il répondoit à mes autresvues.
Ce mur ( planche II. au plan 35 &aux profils g & 10 ) dans fa longueur,a , de quatorze en quatorze piés, uneporte ou passage de cinq piés de large.Ainsi au lieu d’adosser les tolas ou litsde camp contre les murs de face ,comme on a fait jusqu’à présent , onles a mis dans cet espace de quatorzepiés contre le mur de refend ; ce quiévite plusieurs inconvéniens , dont lesprincipaux font la facilité avec laquelleils faifoient ouverture fur celui de face,se servant de divers stratagèmes , quitrès - souvent avoient leurs succès ; &Fimpossibilité dans laquelle ils se trou-voient dans cette position d’aller auxlatrines , étant toute la nuit enchaînésà leurs tola s , étoit cause qu’ils infec-toient l’endroit par leurs ordures misesdans des baquets qu’on leur donnoit pourcet effet, & qu’on vidoit tous les matins ;