l8 MEMOIRES POUR L’HlSTOÏRE
Dans l'instant quela mouche vient de sortir de fa coque,la couleur de ses poils n’est pas telle qu’elie fera lorfqu’ilsauront été exposés pendant quelque temps au grand air.J’ai vu paroître au jour un bourdon avec une couleurardoisée dans un nid dont tous les bourdons étoient citron-pâle; & j’ai tout lieu de croire qu’il feroit lui-même devenuun bourdon citron ou blond, parce que je n’ai point trouvédans ce pays de bourdon de couleur ardoisée. Dans unautre nid habité par ales bourdons dont la couleur domi-nante étoit du noir, fur lequel fe trouvoient des rayes jaunes& blanches, j’en ai vu quelques-uns dont le fond de la cou-leur étoit gris, & qui fur ce gris avoient des rayes d’ungrispresque blanc; leur gris le plus foncé devoit par la fuite de-venir noir, & leur gris-blanc devoit devenir jaune ou blanc.
Ce qu’on fçait de l’histoire des abeilles, conduit natu-rellement à juger que les plus gros des bourdons d’un nid,íont les fémelles, que les petits ne font destinés qu’au travail,aussi íont-ils actifs & laborieux; & enfin que ceux de mé-diocre grandeur, font des mâles. C est ce qui est confirmépar des observations immédiates fur ces trois fortes demouches. Lorfqu’on ouvre dans des temps convenables,le corps d’une des plus grosses mouches de cette efpece,on y trouve de chaque côté un ovaire, une file d’œufsde grandeur sensible. Mais il s’en faut bien que le nombredes œufs qu’on y apperçoit, approche du nombre de ceuxqu’on peut découvrir dans le corps d’une mere abeille ;aussi la fécondité de la première n’esl-elle pas comparable àla fécondité de la seconde: on peut reconnoître que celle-ci en a plus de cinq à six mille dans son corps, pendantqu’on a peine à s’assûrer que l’autre en ait une vingtaine.Le nombre des œufs qu’une mere bourdon peut mettreau jour, ne fe borne pourtant pas à une si petite quantité;mais tous ceux quelle doit pondre, ne doivent pas être