1$2 MEMOIRES POUR L’HlSTOIREdes filaments ligneux: elle ne se contentoit pas de hacheríe bois, ce qui ne lui eût donné que des morceaux courts,pareils à ceux de la sciure ; avant que de le couper,elle le charpissoit, pour ainsi dire, elle pressoit les fibresentre ses serres, elle les tiroit en haut; par-là elle les écar-toit les unes des autres, & ce n’étoit qu’après les avoirréduites en charpie , qu elle les coupoit.
Outre qu’en observant la guêpe même, j'avois apprisque c’étoit en cela que consistoit fa principale adresse, jem’en assurai encore en imitant fa manœuvre; avec u ucanif je ratissai le même morceau de bois qu’elle avoitratissé avec ses dents. D’abord je le frottai légèrementavec la lame du canif, pour écarter les fibres les unes desautres, & je le frottai ensuite assés fort avec la même lame,pour les détacher. Je ramassai de la forte des filaments ; jeies comparai avec ceux dont la guêpe avoit fait amas, & jene remarquai aucune différence entre les uns & les autres.
Quand on a une fois apperçû certaines singularités quiavoient échappé, on les retrouve à tout moment fous sesyeux, on est surpris de ce qu’on ne les avoit pas vûës plutôt.Depuis que j’eus observé la guêpe qui détachoit du boisde ma fenêtre, j'ai été attentif à suivre les mouvements decelles qui sappuyoient fur le bois sec, & j’ai eu beaucoupd’occasionsde me convaincre que les guêpes de toutes espè-ces y vont arracher les filaments dont elles ont besoin pourfaire leur papier, j’en ai vû & revû d’occupées à le ratisseravec leurs dents. Les vieux treillages des espaliers, les vieuxchâssis, les vielles portes les vieux contrevents des fenêtres,font fur-tout a leur goût; car il est à remarquer qu'elles netravaillent que fur le bois vieux & sec, & qui a été pendantlong temps exposé aux injures de l'air. II ne feroit pas facilede tirer les fibres du lin nouvellement arraché de terre;pour parvenir à les dégager, on íe laisse roiiir pendant du