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Tome sixième.
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3 5 S MEMOIRES POUR l’HiSTOIREtravaille à l’étourdir en le secouant très-rudement, & enbattant son corps contre le fable. On volt mieux alorsqu’en aucun autre temps, combien est grande la forcedu col du formica-leo pour enlever un pesant fardeaudont la tête est chargée, combien font prompts les momvements que le col peut faire faire à la tête malgré le poidsqui la surcharge, & enfin le temps considérable pendantlequel il peut agir avec tant de force & de vitesse. Unjour j’arrachai les quatre ailes à une abeille, fans lui faired’autre mal, & en prenant toutes les précautions néces-saires pour 1 empêcher de perdre son aiguillon; pendantque rien ne lui manquoit de fa vigueur naturelle, & quele traitement que je lui avois fait la mettoit en fureur, jela jettai dans f entonnoir d’un formica-leo qui dans le mo-ment lui saisit le corps du côté du dos, tout près de ftjonction avec le corcelet : i abeille ainsi posée ne pouvoitfaire usage de son arme contre son ennemi ; mais elle fai-foit les plus grands efforts pour lui échapper: pour lamettre plutôt dans f impuissance de les continuer, d’instanten instant le formica-leo la fecouoit le plus rudement qu’illui étoit possible; après savoir élevée fans l’abandonner,il la faifoit retomber avec une grande vitesse, il la frappoitcontre le fable : f abeille tint bon contre de pareils coupsredoublés fréquemment pendant plus d’un gros quartd’heure; mais enfin le formica-leo qui pendant qu’il bat-toit le corps de cette mouche contre le fable, ne laissoitpas de le sivccer un peu, la mit hors d’état de s’agiter, &acheva de la fuccer à son aise.

Loin que la résistance que leur fait leur proye, les endégoûte, cette résistance a pour eux un attrait: ils sem-blent si sensibles au plaisir de remporter une victoire, qu’ilsdédaignent l’infecte qui if est pas au moins un peu en étatde la leur disputer ; quelque succulent que soit celui qui