482 MEMOIRES POUR i/HlSTOIREmaison : la seule précaution que je pris en quittant à regretun bacquet si amusant, fut de le couvrir d’une nappe, pourempêcher les éphémères de s’envoler.La pluye violente nefut pas de longue durée; au bout d’une demi-heure, c’est-à-dire, avant neuf heures, elle me permit de retourner dans íejardin. Dès que la couverture du bacquet eut été ôtée, lenombre des éphémères y parut considérablement aug-menté, & s y multiplia encore fous mes yeux: plusieurss’envolérent,mais j’en trouvai beaucoup plus de noyées;car dès que ces insectes, qu! ne pouvoient se passer d’eau,ont pris des ailes, seau est pour etix ce qu’ils ont de plusà redouter : s’ils tombent dedans, si elle mouille leurs ailes,c’en est fait deux, ils périssent dans l’endroit même où ilsviennent de naître en quelque forte.
Les éphémères qui s etoient transformées & qui setransformoient continuellement dans le bacquet, auroientsuffi assurément pour l’en faire paroître très rempli ; maisbien-tôt le nombre de celles qui y étoient,fut augmentépar des étrangères qui, attirées par la lumière que je tenoisdessus, venoient s’y rendre de plus loin, & s y noyer pourla plupart. Pour ôter à celles-ci i’occasion de périr, & pouren examiner de saines, je fis recouvrir le bacquet de lanappe, au-dessus de laquelle je fis tenir la lumière : bien-tôt la nappe fut presque cachée sous une couche de cesmouches qui étoient tombées dessus, on les prenoit parpincées fur le pied du flambeau. Celles qui étoient tom-bées ne se trouvoient pourtant pas dans le cas des papil-lons, qui ne peuvent plus sc soûtenir sur leurs ailes parcequ’ils viennent de se les brûler, elles lomboient parce qu’iíy a un temps où fatiguées de voler, elles veulent se poserou sont dans la nécessité de le faire.
Mais ce que je voyois autour du bacquet n etoit rien encomparaison de ce que je devois voir au bord de la rivieret