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Tome premier.
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donne différens secrets ou moyens pourproduire Y abondance : par exemple , uneabondante récolte de blé , de poires , depommes, de pêches, &c.

§ Abondance , ( Politique Economique. )Ce mot est méthaphorique en ce sens.

L ‘abondance des richesses & des com-modités de la vie , est le partage d'un petitnombre de particuliers privilégiés, que l'onregarde avec envie , mais dont on ceíseroitsouvent d'ambitionner le sort, si l'on pou-voir savoir à quel prix ou par quels moyensils ont acquis cette abondance qui fait l'ob-jet de nos désirs, Sc par combien de peines,de foins, de sollicitudes Sc souvent de re-mords, ils font parvenus à cet heureux état,dont ils ne peuvent sentir eux-mêmes lesavantages, s’ils n'en profitent pas pour exer-cer la Bienfaisance. Voye[ ce mot.

\Jabondance des particuliers n'est pointl’objct de cet article , où il ne s'agit que decelle qui fait la richesse des états Sc le bon-heur universel des citoyens.

Une paix durable dans un état policé,où la loi sacrée des propriétés est maintenuedans fa plus grande vigueur, pourroit êtreregardée comme la cause premiere de l’abon-dance Sc de la félicité publique , puisqueune guerre intestine de quelques annéessuffit pour entraîner après elle les fléaux dela famine & de la peste, avec la désola-tion universelle Sc la destruction entiere ducorps politique. L’état actuel de la Pologne,l'un des pays le plus abondant & le plusfertile de l’Europe , suffit pour la confirma-tion de cette triste vérité. Mais si la paixprocure Y abondance , ce n'est qu’autantqu'elle met les hommes en état de s'occuperlans relâche des travaux de la terre , dontles fruits renaissans fournissent à leurs be-soins journaliers comme à leurs commo-dités & même à leurs plaisirs, tandis quel’éducation des bestiaux qui est une fuite Scune dépendance de cette occupation tran-quille , procure au peuple agricole des ri-chesses d'un autre genre, que l'industrìe faitmettre en valeur pour satisfaire la multipli-cité de nos goûts.

Ainsi les deux sources uniques de Y abon-dance générale roulent fur deux points fon-damentaux , que les hommes ne doiventjamais perdre de vue ; Y agriculture Si foutes

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ses branches d'une part ; Sc de l’autre , lanourriture des bestiaux. Delà découlent lesjouissances des citoyens consommateurs ,^augmentation de la population , la gloireSc la puissance de l'état, Sc même le pro-grès des arts Sc des sciences. En effet, l’ef-prit humain tranquille Sc rassuré sur lesmoyens de se procurer le nécessaire, commele superflu ( suivant les conditions où leshommes se trouvent ) dans un état où laterre le produit, cherche à multiplier sesjouissances par l’invention des arts, & àsatisfaire par l'étude Sc la culture des hauteslciences la curiosité qui le dévore & le con-sume. La félicité publique s augmente enraison des efforts que font tous les membresde la société pour concourir au même but,Sc participer à cette abondance de l'état quifait le fruit du travail. C'est alors que leluxe de consommation devient véritablementutile, Sc contribue à entretenir la joie Sc lasanté parmi les hommes, à la différencede ce luxe destructeur qui ne consiste quedans une somptuosité d'apparence, dont lebut est d'avilir l’agriculture en dévorant sasubstance en pure perte.

Lisez l'admirable Essai de M. Melon ,sur le commerce : dans fa supposition detrois iíles seules fur la terre , celle qui neproduiroit que des métaux Sc des richessesde convention, seroit bientôt abandonnéepour aller peupler Piste du blé, où Vabon-dance Si le superflu deviennent la suite né-cessaire des récoltes annuelles, fur-toutíîl'on fait y mettre le superflu en réserve,comme à la Chine , pour prévenir lesdisettes.

On distingue dans Y Esprit des Loix , lespeuples chasseurs , comme les sauvages del'Amérique ; les peuples pasteurs , commeles Tartares, les Arabes ; Sc les peuplesagricoles. Les premiers ne peuvent jamaisêtre dans Y abondance , Sc la population yest nécessairement restreinte au plus petitnombre possible , eu égard à la vaste éten-due de terrain qu'il faut parcourir pour feprocurer la subsistance. En effet, les pro-gressions de la population suivent nécessai-rement les moyens de subsister ; Sc lespeuples qui ne font point agricoles, nepeuvent jamais former une grande nation-S'ils font pasteurs, ils ont besoin d'un grandi.