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pays, pour qu’ils puissent subsister en cer-tain nombre : ils peuvent fe réunir pourquelque temps , comme les Tartares del’Asie, parce que leurs troupeaux peuventêtre rassemblés quelque temps ; mais toutesces hordes étant réunies, il faut quelles feséparent bientôt, ou qu’elles aillent faire<ie grandes conquêtes dans quelque em-pire du midi. Si ce font au contraire despeuples chasteurs, comme les sauvages del’Amérique , ils font encore en plus petitnombre, Sc forment pour vivre une pluspetite nation. La chaste & la pêche nepeuvent fuftìre à tous leurs beíoins ; ils nepeuvent acquérir f objet de leur recherchequ’avec des peines & des foins immenses ,& qu’en parcourant de vastes solitudes pourles dépeupler des animaux dont ils fe nour-rissent : aussi les peuples chasseurs font né-cessairement sauvages, nomades, errans,ignorant tous les arts, & réduits à la pluspetite population. Leur pays est ordinai-rement plein de forêts ; & comme leshommes n’y ont point donné de cours auxeaux , il est rem pli de marécages où chaquetroupe fe cantonne £c forme de loin à loinune petite nation sauvage.
Quand les nations ne cultivent pas lesterres, dit fauteur de l 'Esprit des Loix ,voici dans quelle proportion le nombre deshommes s’y trouve. Comme le produitd'un terrain inculte est au produit d’un ter-rain cultivé, de même le nombre des sau-vages dans un pays est au nombre des la-boureurs dans un autre ; & quand le peuplequi cultive les terres, cultive aussi les arts,le nombre des sauvages est au nombre de cepeuple , en raiion composée du nombre dessauvages à celui des laboureurs, Sc dunombre des laboureurs à celui des hommesqui cultivent les arts.
La population, cette force des empires,fuit donc nécestâirement les moyens desubsister ; plus ces moyens font faciles Scfurs , plus la population augmente: au con-traire , plus ces moyens diminuent, plus lapopulation fe rétrécit. L 'abondance influedonc nécestâirement fur la population; maisji n’appartient qu'aux peuples agricolesd’êtredans Vabondanceàe toutes choses, fur-toutfi à la culture de la terre ils joignent le foinKc la nourriture des bestiaux, dont les profits
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continuels Sc journaliers ^accumulent avecle produit annuel des récoltes.
La fertilité ayant des bornes, & les fruitsde la terre étant périssables, Y abondancedes choses nécessaires à la vie est néces-sairement restreinte Si peu durable, si l’in-dustrie humaine ne prévient ces inconvé-niens , & si la légistation des peuples agri-colesn’estpas fans celle occupée des moyensde perpétuer cette abondance qui fait la féli-cité de tous, Sc de f assurer fur une basesolide Sc inébranlable. Les terrains incultes,les friches, les landes & les marais fontdonc des signes visibles de la négligence d'ungouvernement, n’y ayant aucun de cesterrains que Part ne puiílè féconder: 1 agri-culture , livrée à la routine & à l'ignorancedes gens qui l’exercent fans principes, lamauvaise distribution des foles dont onlaistè ordinairement la moitié fans culture,fous prétexte de repos , le défaut des prai-ries artificielles , par lesquelles on pourroitsuppléer si aisément aux prés naturels ; lalangueur du commerce, les loix fiscales quil’enchaînent , les formes judiciaires quirendent la justice si lente Sc si coûteuse ,l’encouragement des arts futiles, la men-dicité forcée par le défaut d’atteliers publics,où l’on occuperoit les mendians valides,les troupestrop nombreuses, dontl’inactionen temps de paix pourroit être utilementemployée aux travaux publics, Scc. fontautant de reproches faits aux gouverne-mens, Sc de moyens pour éloigner Sc ré-trécir cette abondance qui rendroitles étatsflorissans ; mais ce n’est qu'en fe précau-tionnant contre l'intempérie des faisons Scl’incertitude des récoltes, par des approvi-Jìonnemens d'ordonnance , 6* par des gre-niers publics de conservations , où l’on metquelques années en réserve , que l’on peutrendre Yabondance, fixe & durable . La Chineest le seul pays de l’univers où l’homme aitune prévoyance d’où dépendent fa vie Sccelle de fa postérité. Voye ç Chinh.
On a beaucoup écrit depuis quelquesannées en faveur de la liberté du com-merce des grains & de l’exportation, avecune chaleur inconíidérée qui a obscurci lejugement des têtes les mieux organilées.On n’a pas senti qu’en fe privant volontai-rement de son superflu sor l’efpérançe d’un?