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Tome premier.
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L'affectation est dans la pensée , daiisl’expression , dans le choix des mots, destours ou des images. Quand on a Fídée deX affectation dans la contenance , dans ladémarche , dans la parure , on a l’idée deXaffectation dans le style,

Uaffeâation est quelquefois jusques dansle foin trop marqué d’être naturel, dans lafamiliarité , dans la négligence.

L J affectation de Pline , de Voiture , deBalzac , de le Maître, de Fontenelle, de laMotte, de Marivaux , n'est pas la même.

Voiture , en parlant d’une expression re-cherchée de Pline le jeune, " ne m’avouerez--- vous pas, dit il, que cela est d’un petit« esprit, de refuser un mot qui se présente,» 8c qui est le meilleur, pour en aller cher-», cher, avec soin , un moins bon, & plus», éloigné ?

Cette critique semble annoncer l’hommedu monde le plus naturel dans fa façon depenser & d’écrire. C’est pourtant ce mêmeVoiture qui,écrivantàmademoisellePaulet,quhl s'est embarqué fur un navire chargé desucre , lui dit que s’il vient à bon port, ilarrivera confit , 8c que si d’aventure il faitnaufrage , il aura du moins la consolationde mourir en eau douce. Le maréchal deVivonne disoit k son cheval , au pastage duRhin , Jean le Blanc , ne souffrez pasqu’un général des Galères soit noyé dansPeau douce : mais ceci est de meilleurgoût.

C'est ce même Voiture qui écrit à unefemme , je crois que vous fiive £ la source duNil ; St celle d , ou vous tire £ toutes les chosesque vous dites , ejl beaucoup plus cachée Lplus inconnue.

C’est lui qui dit de Balzac , il a inventéítn potage quej’efiime plus que le panégyriquede Pline , St que la plus longue harangued’Ifocrate,

C est lui qui, félicitant Godeau Aes fleursqui naissent dans son esprit, lui ditqu’il ena reçu un bouquet fur des bords oà il no croîtpas un brin d’herbe : Et il ajoute : l’Afriquene m*a rien fait voir de plus nouveau que vosouvrages : en les lisant à l’ombre de ses pal-mes y je vous les ai toutes souhaitées ; St enmenie temps que je me considérois avoir étéplus avant qu’Hercule , je me fuis vu bien loinderrière vous.

Tome U

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C’est ce même Voiture qui écrivoit àCostard , qu’il vouloir s’abstenir de rece-voir de íès lettres, à cause qu’on étoit encarême , 8c que , pour un temps de péni-tence , côtoient de trop grands fefiins .Pour vous , vous pouve^ fans Jcrupule re-cevoir ce que je vous envoie , ajoutoit-il ,à peine ai - je de quoi vous faire une légere col-lation . Je ne vous servirai que des légu-

mes ; &c dans le même sens figuré , vousfaites des sauces avec lesquelles on mangeroitdes cailloux.

Comment le même homme qui , dansson style , emploie des tours si recherchés ,des jeux de mots si étudiés, les rapports íisinguliers Sc fì faux entre les idées, en unmot une plaisanterie si peu naturelle & íîfroide , comment peut - il être blessé deXaffkâation de Pline le jeune , mille foismoins affecté que lui ? en voici la raison.

U affectation de Voiture n’étoit pas cellequ’il reprochoit à Pline. Il ne voyoit danscelui-ci que la recherche de l’expression ,fans même être blesté du tour antithétique8c artificiellement compassé que Pline avoirdans son éloquence. Mais si Pline avoir luVoiture , il eût été blessé de même durapport forcé des idées & des images qu’ilemploie, & sur-tout de la peine qu’il sedonne , pour traiter familièrement lesgrands sujets, 8c plaisamment les chosesles plus graves.

Balzac, dont ['affectation est encore d’uneautre forte , car ellé consiste dans la recher-che d’un style périodique 8c soutenu avecdignité, ou , comme il l’a dit de lui-même,dans une gravité tendue St composée , ou ,comme Boileau en a jugé, a ne savoir diresimplement les choses , ni descendre de fahauteur ; Balzac ne laisse pas de donneraussi quelquefois dans le faux bel esprit deVoiture.

Il écrit à un homme affligé , votre élo-quence rend votre douleur vraiment conta-gieuse ; S’ quelle glace , je ne dis pas de P r-raint , mais de Norvege St de -Moscovie , nefondroit à la chaleur de vos belles larmes ?Ce n’est point là de la froide plaisanteriecomme dans Voiture , mais un sérieux duplus mauvais goût.

Lorsque Balzac veut être plaisant, il estencore plus forcé que Voiture. Il écrit à

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