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Tome troisième.
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sens, De-là résulte un sentiment plus ten-dre , l'efprit & le cœur en deviennent plusactifs : nous ne sommes plus bornés à dessensations grossières, communes à tous lesanimaux ; des impressions plus douces s’yjoignent, nous devenons hommes : en aug-mentant le nombre des objets intéressans,nous ajoutons à notre premiere activité ; tou-tes nos forces se réunissent & fe déploient :nous sortons de la poussière , & nous nousélançons vers les intelligences supérieures.Dès-lors nous nous appercevons que la na-ture n’est pas simplement occupée des besoinsde l’animal, mais qu'elle veut lui ménagerdes jouissances plus délicates , & élever, pardegrés, son être à un état plus noble.

Dans cet embellissement universel, la na-ture , en mere tendre, a pris un foin parti-culier de rassembler les attraits les plus tou-chans fur les objets les plus nécessaires àf homme : elle a même eu le secret de faireégalement servir la laideur & la beauté à no-tre bonheur, en les attachant comme signescaractéristiques au mal & au bien. Elle en-laidit l’un pour nous en dégoûter, & elleembellit l'autre , pour que nous l’aimions.Qu’y a-t-il, par exemple » de plus essentielque les liens de la société pour conduirel’homme au bonheur & au principal objetde fa destination ? Or , ces liens tiennentaux agrémens mutuels que les hommes feprocurent. Cela est vrai, iur-tout, del’heu-reufe union par laquelle l’homme encore iso-lé au milieu des sociétés générales, s’astocieune compagne qui entre en communauté deses biens, redouble ses plaisirs en les parta-geant , adoucit ses chagrins & allégé ses pei-nes. Et où la nature a-t-elle prodigué sesagrémens comme fur la figure humaine 3 Làfont tissus les nœuds indissolubles de la fym-

Í jathie , les charmes les plus irrésistibles dea beauté y font distribués comme ils dévoientletre pour Amener la plus heureuse des liai-sons. Par cette admirable & sage profusion,la nature a su rendre expressive la matièreinsensible & muette, & lui donner l’em-preinre des perfections de l’efprit & ducœur , c’est-à-dire , des charmes les pluspuissans.

D'un autre côté , tout ce qui est nuisibleen foi, a reçu de la nature une force repous-sante qui produit l’aversion. Les signes ca-

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ractéristiques qui révoltent ou qui produi-sent le dégoût, & que la nature a destinés àdéceler l’abrutissement stupide , l’efprit aca-riâtre , ou le mauvais cœur ; ces signes, dis-je , font gravés fur le visage de l’homme pardes traits aussi profonds que ceux qui an-noncent la beauté de l’ame.

Ce procédé de la nature si bien marquédans toutes ses œuvres , ne doit nous laisseraucun doute fur le caractère & la fin desbeaux-arts. L’homme, en embellissant toutce qui est de son invention, doit se proposerle même but que se propose la nature elle—même , lorfqu’elle embellit avec tant de foinses propres ouvrages. C’est donc aux beaux-arts à revêtir d’agrémens divers nos habita-tions , nos jardins, nos meubles, Si sur-tout notre langage , la principale de nos in-ventions , & non-íèulement, comme tantde personnes fe l’imaginent à tort, pour quenous ayons la simple j oui st an ce de quelquesagrémens de plus , mais principalement afinque les douces impressions de ce qui estbeau , harmonieux & convenable, donnentune tournure plus noble , un caractère plusrelevé à notre esprit & à notre cœur.

Une autre chose bien plus importante en-core , c’est que les beaux-arts , imitant tou-jours la nature , répandent à pleines mainsles attraits de la beauté fur des objets immé-diatement nécessaires à notre félicité, & par-là nous inspirent, pour tous ces objets, unattachement invincible.

Cicéron fouhaitoit f de Officiis , lib. 1. )de pouvoir présenter à son fils une image dela vertu , persuadé qu’on ne pourroit la voirfans en devenir éperdument amoureux : voi-là le service inestimable que les beaux-artspeuvent réellement nous rendre : ils n’ont,pour cet effet, qu’à consacrer la force ma-gique de leurs charmes aux deux biens lesplus nécessaires à l’humanité, à la vérité ÔCà la vertu.

A ce premier service, ils doivent encoreen joindre un autre , toujours d’après leurgrand modele , c’est de donner à tout cequi est nuisible une figure hideuse qui excitale sentiment de l'aversion : la méchanceté ,le crime , tout ce qui peut corrompre l’hom-me moral devroit être revêtu d’une formesensible qui attirât notre attention , mais demaniéré à noirs faire envisagée ces vices fous