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Tome troisième.
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ART

En effet, au lieu de faire consister, com-me on Ta lì souvent prétendu » i’eíience desbeaux-arts dans une imitation de la nature ,qui n’oâfre à 1 esprit que des idées vagues ,£c très-peu íures, il est bien plus naturel d enchercher Torigine dans le penchant qui nousporte à embellir tout ce qui nous environne,£c qui sert à nos besoins les plus fréquens.

On a été logé, on s’eft fait entendre ,avant de songer à embellir les logemens parTordre Sc la íymmétrie, Sc avant- de recou-rir à Tharmonie pour rendre le langage plusagréable.

Les âmes d'une heureuse trempe appor-tent en naissant un penchant décidé pour lesimpressions douces, Sc c est ce penchant quia produit les beaux-arts.

Le berger, qui le premier a essayé dedonner une forme plus élégante à fa coupe,ou à fa houlette, Sc d’y ébaucher quelquespetits reliefs, a été í'inventeur de la sculp-ture. Celui de Tarchitecture , c'est le pre-mier sauvage qui ait eu le génie de mettrede Tordre dans la construction de fa hutte,Sc qui ait su observer dans Te n semble uneproportion convenable ; Sc Ton doit consi-dérer comme le pere de Téloquence , chezune nation , celui qui eut la premiere idéed’introduire quelque forte d'arrangement Scd'agrément dans le récit qu'il avoir à faire.

C'est de ces foibles germes que Tentende-ment humain , par une culture réfléchie , asu, peu-à-peu , faire éclore les beaux-arts :ces germes formés par la nature font ensindevenus d'excellens arbres chargés des fruitsles plus délicieux.

Il en est des beaux-arts comme de toutesîes inventions humaines : elles font, pour laplupart, Touvrage du hazard, Sc très-ché-tives dans leur origine ; mais par une amé-lioration successive elles deviennent d'uneutilité très-importante. La géométrie n’é-toit d'abord qu un arpentage fort grossier;Sc c'est la simple curiosité de quelques gensdésoeuvrés qui a fait naître ['astronomie : uneapplication judicieuse Sc soutenue a déve-loppé les premiers élémensde ces deux scien-ces , & les a portées à ce haut degré de per-fection où nous les voyons aujourd'hui, quiîes rend d'une utilité inestimable pour la so-ciété humaine. Ainsi quand les beaux-arts♦sauraient été dans kur berceau que do foi-

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blés estais uniquement imaginés pour réjouirla vue , ou d'autres sens, il faudroit biennous garder de resserrer dans des bornesaussi étroites toute Tétendue de leurs avan-tages réels Sc de leur vrai but. Pour appré-cier ce que vaut l'homme , il faut considé-rer , non ce qu'il est dans fa premiere en-fonce , mais ce qu’il fera dans un âge mûr.

La premiere question qui fo présente ici,c'est donc de rechercher quelle utilité i'hom-me peut se promettre des beaux-arts consi-dérés dans toute Tétendue de leur essence ,& dans Tëtat de perfection dont ils fontsusceptibles.

Les esprits foibles ou frivoles répéteur fanscelle que les beaux-arts ne font destinés qu’ànos amusemens ; que leur but ne va pasplus loin qu’à récréer nos sens Sc notre ima-gination : examinons donc si la raison n ydécouvre rien de plus important, Sc voyonsjusqu’où la sagesse peut tirer parti du pen-chant industrieux qui porte les hommes àtout embellir, Sc de leur disposition à êtresensibles au beau. Nous n'auronspas besoinde nous engager pour cela dans des recher-ches longues Sc profondes ; ['observation dela nature nous offre une voie bien plus abré-gée. La nature est le premier artiste , &' sesmerveilleux arrangemens nous indiquenttout ce qui peut élever au plus haut point leprix & la perfection des arts.

Dans les œuvres de ia création- tout cons-pire à procurer des impressions agréables, àla vue, ou aux autres sens, Chaque êtredestiné à notre usage, a une beauté qui est- indépendante de son utilité : les objets mê-mes qui n’ont aucun rapport immédiat avecnous, semblent n’avoir reçu une figure gra-cieuse , Sc des couleurs agréables, que par-ce qu’ils alloient être exposés à nos regards.

La nature en travaillant ainsi de tout cotéà faire affluer fur nous les sensations agréa-bles, a, fans doute, eu pour but d'exciterSc de fortifier en nous une douce sensibilité,capable de tempérer la fougue des passions& la rudesse de Tamour-propre..

Les beautés-répandues for Ies productionsde la nature font analogues à-cette sensibili-té délicate qui ", cachée au fond de noscœurs, y doit fons cesse être excitée par['impression que font sur nous les couleurs,

» les formes Sc les accens qui frappent-nos-