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Tome troisième.
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est: absolument nécessaire pour le maintiende la société ; ou , ce qui revient au même,que le sentiment moral & la connoiflàncede la différence essentielle des choses, réunisensemble , ne sauroient avoir assez d’in-ssuence sur la plupart des hommes, pourles déterminer à la pratique de la vertu.

M. Bayle a très-bien compris que l’es-pérance & la crainte font les plus puiflansressorts de la conduite des hommes. Quoi-qu’après avoir distingué la différence natu-relle des choses &c leur différence morale,il les avoir ensuite confondues pour entirer un motif qui pût obliger lés hom-mes à la pratique de la vertu ; il a appa-remment senti l'inestìcacité de ce motif, puis-qu’il en a appelé un autre à son secours ,en supposant que le delir de la gloire &la crainte de l’insamie suffiraient pour ré-gler la conduite des athées ; & c’est-là lefécond argument dont il se sert pour défen-dre son paradoxe. “ Un homme, dit-il,» destitué de foi , peut être fort sensible-> à l'honneur du monde , fort avide de” louange &c d’cncens. S’il se trouve dans» un pays où ingratitude & la four-» berie exposent les hommes au mépris ,■» & où la généroíìté & la vertu font ad--- mirées, ne doutez point qu’il ne salle-- profession d’etre homme d’honneur, &» qu’il ne soit capable de restituer un de-» pot , quand même on ne pourroit l’y-- contraindre par les voies de la justice.» La crainte de palier dans le monde pour« un traître & un coquin , l’emportera íur» l’amour de sargent ; & , comme il y a» des personnes qui s’exposent à mille pei-» nés & à mille périls pour se venger d’une» offense qui leur a été faite devant très-» peu de témoins, & qu’ils pardonneraient« de bon coeur, s’ils ne craignoient d'encou-» rir quelque infamie dans leur voisinage ;» je crois de même que, malgré les oppo-» sitions de Ion avarice , un homme qui« n’a point de religion est capable de reso» tituer un depót qu’on ne pourroit le con--- vaincre de retenir injustement, lorsqu’il« voit que sa bonne roi lui attirera les éloges?> de toute une ville, & qu’on pourroit un" jour lui faire des reproches de son infi-?> délité , ou le soupçonner à tout le moinsu d’une choie qui l’empêcheroit de palier

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» pour honnête homme dans l’efprit des» autres : car c’est à l’estime intérieure» des autres que nous aspirons sur-tout.» Les gestes & les paroles qui marquent-- cette estime, ne nous plaisent qu’autanc» que nous nous imaginons que ce font-- des signes de ce qui le pâlie dans l’efprit.» Une machine qui viendrait nous faire» la révérence, & qui formerait des pa-» rôles flatteuses, ne serait guere propre» à nous donner bonne opinion de pous--- mêmes, parce que nous íaurions que ce» ne feraient pas des signes de la bonne-> opinion qu’un autre aurait de notre-- mérite ; c'est pourquoi celui dont je parle» pourroit siterifier son avarice à ía vanité,» s’il croyoit seulement qu’on le soupçon-» neroit d’avoir violé les loix sacrées du» depôt : & s’il so croyoit à l’abri de tout» soupçon, encore pourroit-il bien se ré-» soudre à lâcher prise, par la crainte de-- tomber dans inconvénient qui est arrivé» à quelques-uns, de publier eux-mêmes» leurs crimes pendant qu’ils dormoient ,-- ou pendant les transports d’une fievre” chaude. Lucrèce se sert de ce motif pour« porter à la vertu des hommes fans-- religion

On conviendra avec M. Bayle , que ledésir de l’honneur & la crainte de infa-mie sont deux pui flans motifs pour engagerles hommes à se conformer aux maximesadoptées par ceux avec qui ils conversent,& que les maximes reçues parmi les na-tions civilisées ( non toutes les maximes ,mais la plupart, ) s’accordent avec les réglésinvariables du juste, nonobstant tout ce queSextus Empiricus & Montagne ont pû dire decontraire, appuyés de quelques exemplesdont ils ont voulu tirer une conséquencetrop générale. La vertu contribuant évi-demment au bien du genre humain, &le vice y mettant obstacle , il n’est pointsurprenant qu’on ait cherché à encourager,par l’estime de la réputation, ce que chacunen particulier trouvoit tendre à son avan-tage ; & que l’on ait tâché de décourager ,par le mépris & infamie, ce qui pouvoitproduire un effet opposé. Mais comme ilest certain qu’on peut acquérir la réputationd’honnête homme, preíqu’auffi sûrement& beaucoup plus aisément & plus promp-