Band 
Tome troisième.
Seite
760
JPEG-Download
 

f66 a t h

lement, par une hypocrisie bien concertéeôc bien soutenue, que par une pratiquesìncere de la vertu ; un a:fiée qui n’est re-tenu par aucun principe de conscience ,choisira sans doute la premiere voie, qui11e 1 empêchera pas de satisfaire en secretroutes ses passions. Content de paraîtrevertueux, il agira en scélérat lorsqu’il necraindra pas d etre découvert, & ne con-sultera que ses inclinations vicieuses , sonavarice, sa cupidité, la passion criminelledont il se trouvera le plus violemmentdominé. Il est évident que ce fera là engénéral le plan de toute personne qui n aurad’autre motif pour se conduire en honnêtehomme, que le désir d’une réputationpopulaire. Ên effet, dès là que j ai bannide mon cœur tout sentiment de religion,je n’ai point de motif qui nv’engage à sa-crifier à la vertu mes penchans favoris, mespassions les plus impérieuses, toute ma for-tune , ma réputation même. Une vertudétachée de la religion n’est guere propreà me dédommager des plaisirs véritables&c des avantages réels auxquels je renonce

( )our elle. Les athées diront-ils qu'ils aimenta vertu pour elle-même, parce quelle aune beauté essentielle, qui la rend dignede l’amour de tous ceux qui ont allez delumières pour la reconnoître ; Il est assezétonnant, pour le dire en passant, que lespersonnes qui outrent le plus la piété oufirréligion , s’accordent néanmoins dansleurs prétentions touchant l'amour pur dela vertu : mais que veut dire dans la bou-che d'un athée, que la vertu a une beautéessentielle; n’est-ce pas là une expressionvuide de sens ; Comment prouveront - ilsque la vertu est belle, & que supposé qu elleait une beauté essentielle , il faut l'aimer,lors même quelle nous est inutile, & quellen’influe pas fur notre félicité; Si la vertuest belle essentiellement, elle ne l'est queparce qu'elle entretient l'ordre Sc le bon-heur dans la société humaine ; la vertu nedoit paraître belle, par conséquent, qu àceux qui, par un principe de religion, íêcroyent indispensablement obligés d'aimerles autres hommes, Sc non pas à des gensqui ne sauraient raisonnablement admettreaucune loi naturelle , sinon l’amour le plusgroiìnr. Le seul égard auquel la vertu

A T H

peut avoir une beauté essentielle pour unincrédule, c’est lorsqu-’elle est possédée &cexercée par les autres hommes, & que par-là elle sert pour ainsi dire d’asyle aux vi-ces du libertin : ainsi , pour s’exprimer in-telligiblement, les incrédules devraient sou-tenir qu'à tout prendre, la vertu est pourchaque individu humain, plus utile que levice, Sc plus propre à nous conduire versle néant d'une maniéré commode Sc agréa-ble. Mais c’est ce qu’ils ne prouveront ja-mais. De la maniéré dont les hommes fontfaits, il leur en coûte beaucoup plus poursuivre scrupuleusement la vertu, que pourse laisser aller au cours impétueux de leurspenchans. La vertu dans ce monde estobligée de lutter fans-cesse contre milleobstacles, qui à chaque pas l’arrêtent ; elleest traversée par un tempérament indocile,Sc par des passions fougueuses ; mille objetsséducteurs détournent son attention ; tan-tôt victorieuse & tantôt vaincue , elle netrouve Sc dans ses défaites Sc dans ses vic-toires , que des sources de nouvelles guer-res , dont elle ne prévoir pas la fin. Unetelle situation n’est pas seulement triste Scmortifiante ; il me semble même qu’elledoit être insupportable , à moins qu’ellene soit soutenue par des motifs de la der-niere force ; en un mot, par des motifsaussi puissansr que ceux qu’on tire de lareligion.

Par conséquent, quand même un athée nedouterait pas qu’une vertu, qui jouît tran-quillement du fruit de ses combats , nesoit plus aimable Sc plus utile que le vice,il serait presqu’impossible qu’il pût jamais yparvenir. Plaçons un tel homme dans l’âgeoù d’ordinaire le cœur prend ion parti, Sc: commence à former son caractère ; don-nons-lui, comme à un autre homme, untempérament , des passions , un certaindegré de lumière. Il délibéré avec lui-même s’il s’abandonnera au vice , ou s’ils’attachera à la vertu. Dans cette situation,il me semble qu il doit raisonner à-peu-ptèsde cette maniéré. ,, Je n’ai qu’une idée con-,, fuie, que la vertu tranquillement polle-,, dée pourrait bien être préférable aux„ agrémens du vice : mais je sens que le; ,, vice est aimable, utile, fécond en iensa-„ tions délicieuses ; je vois pourtant que

„ dans