Band 
Tome troisième.
Seite
782
JPEG-Download
 

782 ATH

que la substance étendue qui le compose,résiste > qu’elle pese , quelle descend sousl’eau. De même , quand nous disons qu’unhomme nie, affirme , se fâche , caresse ,loue , ùc. nous faisons tomber tous cesattributs fur la substance même de soname, Sc non pas fur ses pensées , entantqu’elles font des accidens ou des modifi-cations. S J il étoit donc vrai , comme leprétend Spinosa , que les hommes fustentdes modalités de Dieu , on parleroit faus-. sement quand on diroit , Pierre nie ceci,il veut ceci , il veut cela, il affirme unetelle chose : car réellement , selon ce sys-tème , à st Dieu qui nie , qui veut, quiaffirme , Sc par conséquent toutes les dé-nominations qui résultent de toutes lespensées des hommes, tombent proprementSc physiquement fur la substance de Dieu ;d’oùil s’ensu'.t que Dieu hait Sc aime, nie&affirme les mêmes choses, en même temps,Sc selon toutes les conditions requises, pourfaire que la réglé que nous avons rapportéetouchant les termes opposés, soit fruste : caron ne sauroit nier que,selon toutes ces condi-tions prises en toute rigueur, certains hom-mes n’aiment Sc n affirment , ce que d au-tres hommes haïssent Sc nient. Pallons plusavant : les termes contradictoires vouloirSc ne vouloir pas, conviennent, selon tou-tes ces conditions , en même temps, àdifférais hommes ; il faut donc que dansle système de Spinosa , ils conviennent àcette substance unique Sc indivisible qu’onnomme Dieu. C’est donc Dieu qui for-me en même temps Pacte de vouloir, &qui ne le forme pas à Pégard d’un mêmeobjet. On vérifie donc de lui deux termes\ contradictoires, ce qui est le renversementdes premiers principes de la métaphysi-que : un cercle quarré n’est pas plus unecontradiction , qu une substance qui aimeSc hait en même temps le même objet :voilà ce que c est que la fruste délicateste.Notre homme ne pouvoit souffrir lesmoindres obscurités, ni du péripatétiffiie,ni du judaïsme , ni du christianisme , Sfil embrailoit de tout spn cœur une hypo-thèse qui allie ensemble deux termes aus-si opposés que la figure quarrée Sc la cir-culaire , Sc qui fait qu’uije infinité d’at-tributs discordans Sç incompatibles , Sç

ATH

toute la variété & Pantipathie des penséesdu genre humain se certifient tout-à-la-' fois, d'une feule &c même substance très-simple & indivisible. On dit ordinairement,quoi capita , tot sensus ; mais selon Spino-sa , tous les sentimens de tous les hommesfont dans une feule tête. Rapporter sim-plement de telles choses, c’est les réfuter.

4°. Mais si c est physiquement parlant,une absurdité prodigieuse , qu’un sujetsimple Sc unique soit modif^ en même-temps par les pensées de tous les hommes,c’est une abomination exécrable quand onconsidéré ceci du côté de la morale.

Quoi donc ! Pêtre infini, Pêtre néces-saire , souverainement parfait, ne sera pointferme , constant, Sc immuable ; que dis-je , immuable ! íl ne fera pas un moment lemême ; ses pensées se succéderont les unesaux autres, fans fin Sc fans cesse ; la mê-me bigarrure de passions & de sentimensne se verra pas deux fois : cela est dur àdigerer. Voici bien pis : cette mobilitécontinuelle gardera beaucoup d'uniformi-tés en ce sens , que toujours pour unebonne pensée , Pêtre infini en aura demille fortes , d extravagantes , d'impures,d'abominables ; il produira en lui - mêmetoutes les folies , toutes les rêveries, tou-tes les saletés, toutes les iniquités du genrehumain ; il en fera non-seulement la causeefficiente , mais aussi le sujet passif; il íèjoindra avec elles par l'union la plus inti-me que l'on puine concevoir : car c'estune union pénétrâble, ou plutôt c’est unevraie identité, puisque le mode n’est pointdistinct réellement de la substance modi-fiée. Plusieurs grands philosophes ne pou-vant comprendre qu’il soit compatibleavec Pêtre souverainement bon, de souf-frir que l’homme soit! si méchant Sc si mal-heureux , ont supposé deux principes, P unbon , l’autre mauvais : Sc voici un philo-sophe qui trouve bon que Dieu soit bienlui-même Sc Pagent & le patient de tousles crimes , Sc de toutes les miseres del’homme. Que les hommes se haïssent lesuns les autres , qu’ils s’entr’astaísinent aucoin d’un bois, qu’ils s’affemblent en corpsd’armée pour s’entretuer , que les vain-queurs mangent quelquefois les vaincus ;cela se comprend, parce qu’ils font dis-