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Tome troisième.
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tincts les uns des autres ; mais que leshommes , n'étant que la modificationdu même être , n’y ayant par conséquentque Dieu qui agisse , 8c le même Dieu ennombre , qui se modifie en turc , en semodifiant en hongrois , il y ait des guer-res 8c des batailles ; c est ce qui surpassetous les monstres 8c tous les déréglemenschimériques des plus folles têtes qu’on aitjamais enfermées dans les petites-maisons.Ainsi, dans le système de Spinosa , tousceux qui disent, les Allemands ont tué dixmille Turcs , parlent mal 8c faussement, àmoins qu’ils n'entendent , Dieu modifiéen Allemand , a tué Dieu modifié en dixmille Turcs ; 8c ainsi toutes les phrasespar lesquelles on exprime ce que se fontles hommes les uns contre les autres , n'ontpoint d autre sens véritable que celui - ci,Dieu fie hait lui - même , il se demande desgrâces à lui - même , & se les refuse ; il sepersécute , il se tue , il se mange , il se ca-lomnie , il s’envoie fur téchasaut. Cela se-roit moins inconcevable , si Spinosa s'étoitreprésenté j Dieu comme un assemblage deplusieurs parties distinctes ; mais il l'a ré-duit à la plus parfaite simplicité , à l'unitéde substance , à ^indivisibilité. Il débitedonc les plus infâmes 8c les plus furieusesextravagances , 8c infiniment plus ridiculesque celles des poètes touchant les dieuxdu paganisme.

f°. Encore deux objections. Il y a eudes philosophes assez impies pour nier qisily eût un Dieu, mais ils n ont point pousséleur extravagance jusqu'à dire , que s'ilexistoit, il ne seroit point une nature par-faitement heureuse. Les plus grands sce-ptiques de l'antiquité ont dit que tous leshommes ont une idée de Dieu , selon la-quelle il est une nature vivante , heureu-se, incorruptible, parfaite dans la félicité,& nullement susceptible de maux. C'étoitsans doute une extravagance qui tenoitdela folie, que de ne pas réunir dans fa na-ture divine Immortalité 8c le bonheur.Plutarque réfute très-bien cette absurdité'des stoïqucs : mais, quelque folle que futcette rêverie des stoïciens , elle n'ôtoit.point aux dieux leur bonheur pendant la :vie. Les spinolistes font peut-être les feus,qui aient réduit la divinité à k misere.

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Or , quelle misere ? Quelquefois si gran-de , qu'il se jette dans le désespoir , 8cqu'il s’anéantiroit s'il le pouvoit ; il y tâ-che , il s'ôte tout ce qu'il peut s'ôter ; ilse pend , il se précipite ne pouvant plussupporter la tristesse affreuse qui le dévore.Ce ne sont point ici des déclamations,c est un langage exact 8c philosophique ;car si l'homme n’est qu une modification ,il ne fuit rien : ce seroit une phrase im-pertinente , boufonne, burlesque q.ue dedire , la joie efl gaie , la tristesse efi trifie., C'est une semblable phrase dans le systèmede Spinosa que d'affirmer , íhomme pense ,P homme s’afflige , V homme se pend , 8cc.Toutes ces propositions doivent être ditesde la substance dont Phomme n'est quele mode. Comment a-t-on pu s'imaginerqu'une nature indépendante qui existe parelle-même, & qui possede des perfectionsinfinies, soit sujette à tous les malheurs dugenre humain ? Si quelqu'autre nature kcontraignent à se donner du chagrin, àsentir de la douleur , on ne trouveraitpas si étrange qu’elle employât son acti-vité à se rendre malheureuse ? on dirait,il fàut bien qu'ellé obéisse à une force ma-jeure : cest apparemment pour éviter unplus grand mal , quelle se donne la gra-velle , la colique , la fievre chaude, larage. Mais elle est feule dans l'univers,rien ne lui commande , rien ne l'exhorte ,rien ne la prie. C'est fa propre nature,dit Spinosa , qui la porte à se donner elle-même en certaines circonstances un grandchagrin , sc une douleur très-vive. Mais,lui répondrai - je , ne trouvez - vous pasquelque chose de monstrueux & d'incon-cevable dans une telle fatalité?

Les raisons très - fortes qui combattentk doctrine que nos âmes font une por-tion de Dieu , ont encore plus de soliditécontre Spinosa. On objecte à Pythagorasdans un ouvrage de Cicéron, qu'il résultede cette doctrine trois faussetés évidentes,i°. que k nature divine seroit déchiréeen pieces ; z°. qu'elle seroit malheureuseautant de sois que les hommes ; 3 0 . quel’esprit humain n’ignoreroit aucune chose,puisqu'il seroit Dieu,

6 °. Je voudrais savoir à qui il en veut,quand il rejette certaines doctrines , Sc