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„ plus parfaite encore & moins perfide,„ les feroit difparoître & nous avertìroit»y de Terreur. -- Quelles conclusions phi-losophiques un aveugle ne' ne peut-il pastirer de là contre le témoignage des sens ?
II définit les yeux, un organe fur le-quel Pair fait Peffet d’un bâton fur lamain. L’auteur remarque que cette dé-finition est astèz semblable à celle deDescartes, qui dans fa Dloptrìque com-pare Toril à un aveugle qui touche lescorps de loin avec son bâton : les rayonsde la lumière font le bâton des clair-voyans. 11 a la mémoire des sons à un•degré surprenant, & la diversité des voixle frappe autant que celle que nous ob-servons dans les visages.
Le secours qu’il tire de ses autres sens ,& Tusage singulier qu’il en fait au pointd’étonner ceux qui Tenvironnent, le rendassez indifférent sur la privation de lavue. 11 sent qu’il a à d’autres égards desavantages fur ceux qui voient ; & aulieu d’avoir des yeux, il dit qu’il aimeroitbien autant avoir de plus longs bras, s’ilen étoit le maître.
Cet aveugle adresse au bruit & à la voixtrès-sûrement : il estime la proximité dufeu au degré de la chaleur, la plénitudedes vaisseaux au bruit que font en tom-bant les liqueurs qu’il transvase , & levoisinage des corps à Taction de l’air furson visage : il distingue une rue d’un cul-de-sac ; ce qui prouve bien que Pair n’estjamais pour lui dans un parfait repos ,à que son visage ressent jusqu’aux moin-dres vicissitudes de Tatmosphere. II ap-précie à merveille le poids des corps &les capacités des vaisseaux ; & il s’est faitde ses bras des balances fort justes , & deses doigts des compas presque infaillibles.Le poli des corps n’a gueres moins denuances pour lui que le son de la voix:51 juge de la beauté par le toucher; &ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il faitentrer dans ce jugement la prononciation& le son de la voix. Il fait des petitsouvrages au tour & à Paiguille, il niveleà l’équerre , il monte & démonte lesmachines ordinaires : il exécute un mor-ceau de musique , dont on lui dit lesnotes & les valeurs ; il estime avec beau-
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coup plus de piécision que nous la duréedu temps, par la succession des actions &des pensées.
Son aversion pour le vol est prodigieuse,sans doute à cause de la difficulté qu’il ade s’appercevoir quand on le vole : il a peud’idée de la pudeur , ne regarde les habitsque comme propres à garantir des injuresde T air, & ne comprend pas pourquoi oncouvre plutôt certaines parties du corpsque d’autres. Diogene , dit Tauteur quenous abrégeons, n’auroit point été pournotre aveugle un philosophe. Enfin lesapparences extérieures du faste qui frap-pent si fort les autres hommes , ne lui enimposent en aucune maniéré. Cet avantagen’est pas à mépriser.
Nous passons fous silence un grandnombre de réflexions fort subtiles , qufefait Tauteur de la lettre , pour en venirà ce qu’il dit d’un autre aveugle très-ce'lebre : c’est le fameux Saundeson ,professeur de Mathématique i Cambridgeen Angleterre , mort il y a quelques an-nées. La petite vérole lui fit perdre lavue dès fa plus tendre enfance, au pointqu’il ne fe souvenois point d’avoir jamaisvu, & n’avoit pas plus d’idées de lalumière qu’un aveugle né. Malgré cetteprivation , il fit des progrès si surprenansdans les Mathématiques , qu’on lui donnala chaire de professeur de ces sciencesdans Tuniversité de Cambridge. Ses le-çons étoient «Tune clarté extrême. Eneffet il parloir à ses éleves comme s’ilseussent été privés de la vue. Or unaveugle qui s’exprime clairement pourdes aveugles , doit gagner beaucoup avecdes gens qui voyent. Voici comment ilfaisoit les calculs, & les enseignoit à sesdisciples.
Imaginez un quarté de bois ( PI. aritb.& algébriq. fig. 14.) divisé par des lignesperpendiculaires en quatre autres petitsquartés; supposé ce quarté percé de neuftrous , capables de recevoir des épinglesde la méme longueur & de la mémegrosseur, mais dont les unes ayent latête plus grostè que les autres.
Saunderson avoir un grand nombre deces petits quartes , tracés fur une grandetable. Pour désigner le chif&e o, il met-