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Tome quatrième.
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i4° A X I

De quelque chose que ce soit , la né-gation ou C affirmation efi vraie.

Tout nombre eft pair ou impair.

Si a des choses égales vous ajoutez, deschoses égales , les tous feront égaux.

Ni l'art , ni la nature ne peuvent faireune chose de rien.

On peut ajfurer déune chose tout ce que/’esprit découvre dans f idée claire qui lareprésente.

Or c’est de tous ces axiomes , qui nesemblent pas dans l’esprit de bien desgens , avoir de bornes dans s application,que nous osons dire d’après M. Locke ,qu’ils en ont de très-étroites'pour la fé-condité , & qu’ils ne menent à rien denouveau. Je me hâte de le justifier.

i 9 . Il paroît évidemment que ces vé-rités ne font pas connues les premieres ,& pour cela il suffit de considérer qu’uneproposition générale n’est que le résultatde nos connoistànces particulières , pours’appercevoir qu’elle ne peut nous fairedescendre qu’aux connoistànces qui nousont élevés jusqu’à elle , ou qu’à celles quiauroient pu également nous en frayer lechemin. Par conséquent, bien loin d’enêtre le principe , elle suppose qu’ellesfont toutes connues par d’autres moyens ,ou que du moins elles peuvent l’étre.

En effet, qui ne s’apperçoit qu’un en-fant connoît certainement qu’une étran-gère n’est pas fa mere , & que la vergequ’il craint , n’est pas le sucre qui flateson goût , long - temps avant de savoirqu’il est impossible qu 'une chose soit & nesoit pas ? Combien peut - on remarquerde vérités fur les nombres , dont on nepeut nier que l’esprit ne les connoisteparfaitement avant qu’il ait jamais penséà ces maximes générales , auxquelles lesMathématiciens les rapportent quelque-fois dans leurs raisonnements ? Tout celaest incontestable : les premieres idées quifont dans l’esprit, sont celles des choiesparticulières. C’est par elles que l’esprits’éleve par des degrés insensibles à cepetit nombre d’idées générales, qui étantformées à Poccasion des objets des sens ,ui se présentent le plus souvent , sontxées dans P esprit avec les noms géné-raux dont on se sert pour ses désigner.

A X I

Ce n'est qu’après avoir bien étudié lesvérités particulières , & s’être élevéd’abstraction en abstraction , qu’on arrivejusqu’aux propositions universelles. Lesidées particulières font donc les premieresque l’esprit reçoit, qu’il discerne , & surlesquelles il acquiert des connoistànces.Après cela viennent les idées moins gé-nérales ou les idées spécifiques, qui sui-vent immédiatement les particulières.Car les idées abstraites ne sc présententpas si-tót ni si aisément que les idées par-ticulières aux enfans, ou à un esprit quin’est pas encore exercé à cette maniéréde penser. Ce n’est qu’un usage constant& familier, qui peut rendre les espritssouples & dociles à les recevoir. Prenons ,par exemple , l’idée d’un triangle en gé-néral : quoiqu’elle ne soit ni la plus abs-traite , ni la plus étendue , ni la plusmal - aisée à former , il est certain qu’ilest impossible de se la représenter ; caril ne doit être ni équilatere, ni isocèle ,ni scalene , & cependant il faut bienqu’un triangle qu’on imagine soit dansl’un de ces cas. II est vrai que dans l’étatd’imperfection où nous sommes , nousavons besoin de ces idées , & nous noushâtons de les former le plutôt que nouspouvons , pour communiquer plus aisé-ment nos pensées , & étendre nos propresconnoistànces. Mais avec tout cela , cesidées abstraites font autant de marquesde notre imperfection , les bornes denotre esprit nous obligeant à n’envisagerles êtres que par les endroits qui leurfont communs avec d’autres que nousleur comparons. Voyez, la maniéré dontsc forment nos abstractions , à l ’articleAbstraction.

De tout ce que je viens de dire, ils’enfuit évidemment , que ces maximestant vantées ne sont pas les principes &les fondements de toutes nos autres con-noistànces. Car s’il y a quantité d’autresvérités qui soient autant évidentes par el-les-mêmes que ces maximes , & plusieursmême qui nous font plutôt connuesqu’elles , il est impossible que ces maxi-mes soient les principes d’où nous dé-duisons toutes ses autres vérités. II n’ya que quatre manserçs de connoîtré la