AXI
vérité. Voyez, Connoissance. Or lesaxiomes n’ont aucun avantage fur uneinfinité de propositions particulières, dequelque maniéré qu’on en acquière laconnoistànce.
Car i 9 . la perception immédiate d’uneconvenance ou difconvenance d’identité,étant fondée fur ce que l’esprit a desidées distinctes , elle nous fournit autantde perceptions évidentes par elles - mê-mes , que nous avons d’idées distinctes.Chacun voit en lui-même qu’il connoîtles idées qu’il a dans l’esprit , qu’il con-noît aussi quand une idée est présentée àson esprit, ce qu’elle est en elle-même,
& qu’elle n’est pas une autre. Ainsi,quand j’ai l’idée du blanc , je sais que j’aicette idée. Je fais de plus ce qu’elle esten elle-même , & il ne m’arrive jamaisde la confondre avec une autre , parexemple , avec l’idée du noir. Il estimpossible que je n’apperçoive pas ce quej’apperçois. Je ne peux jamais douterqu’une idée soit dans mon esprit quandelle y est. Elle s’y présente d’une ma-niéré si distincte que je ne puis la pren-dre pour une autre qui n’est pas moinsdistincte. Je connois avec autant de cer-titude que le blanc dont j’ai l’idée actuelleest du blanc , & qu’il n’est pas dunoir , que tous les axiomes qu’on faittant valoir. La considération de tous cesaxiomes ne peut donc rien ajouter à laconnoistànce que j’ai de ces vérités parti-culières.
2°. Pour ce qui est de la coexistenceentre deux idées , ou d’une connexionentr’elles tellement nécestàire , que , dèsque l’une est supposée dans un sujet,l’autre le doive être aussi d’une maniéréinévitable : l’esprit n’a une perceptionimmédiate d’une telle convenance oudifconvenance , qu’à l’égard d’un très-petit nombre d’idées. U y en a pourtantquelques-unes ; par exemple , l’idée deremplir un lieu égal au contenu de fasurface , étant attachée à notre idée ducorps , c’est une proposition évidente parelle-même , que deux corps ne sauroientêtre dans le même lieu. Mais en cela lespropositions générales n’ont aucun avan- Itage fur les particulières, Car , pour fa- I
AXI 14 *
voir qu’un autre corps ne peut remplirl’espace que le mien occupe , je ne voispoint du tout , qu’il soit nécestàire derecourir à cette proposition générale ,savoir que deux corps ne sauroient êtretout à la fois dans le même lieu.
Quant à la troisième sorte de conve-nance , qui regarde les relations des mo-des , les Mathématiciens ont formé plu-sieurs axiomes fur la feule relation d’éga-lité , comme fi de choses égales on en ôtedes choses e'gales , le refle est e'gal : maisquoique cette proposition & les autres dece genre soient effectivement des véritésincontestables , elles ne sont pourtantpas plus clairement évidentes par elles-mêmes , que celles-ci : Un & un fontégaux a deux. Si de cinq doigts d’unemain vous en ôtez, deux , èr deux autresdes cinq doigts de l’autre main , le nombredes doigts qui restera fera égal.
4°. A l’égard de f’existence réelle , jene fuis pas moins asluré de l’existence demon corps en particulier , & de tous ceuxque je touche & que je vois autour demoi, que je le fuis de l’existence des corpsen général.
Mais , me dira-t-on , ces maximes-làsont - elles donc absolument inutiles ?Nullement , quoique leur usage ne soitpas tel qu’onle croît ordinairement. Nousallons marquer précisément à quoi ellessont utiles , & à quoi elles ne sauroientservir.
i°. Elles ne sont d’aucun usage pourprouver ou pour confirmer des proposi-tions particulières , qui sont évidentes parelles-mêmes. On vient de le voir.
2°. II n’est pas moins visible , qu’ellesne sont & n’ont jamais été les fondementsd’aucune science. Jeíàis bien que fur lafoi des scholastiques , on parle beaucoupdes principes ou axiomes fur lesquels lessciences sont fondées : mais il est impossi-ble d’en assigner aucune qui soit bâtie furces axiomes généraux : ce qui est , est ; ilest impossible qu’une chose , &c. Cesmaximes générales peuvent être du mêmeusage dans l’étude de la Théologie quedans les autres sciences ; c’est-à-dire ,qu’elles . peuvent aussi bien servir enThéologie s fermer la bouche aux dû-