Band 
Tome quatrième.
Seite
282
JPEG-Download
 

è BAL

r amour sans fin. II ordonne que les cam-pagnes en ornent les fleurs, qu’elle brilledans les pierres les plus précieuses , queles oiseaux les plus beaux en parent leurplumage, & qu’elle serve d’omement auxhabits les plus galants des mortels.

Toutes ces choses différentes animéespar la danse, embellies par les plus écla-tantes décorations , soutenues d’un nom-bre fort considérable de machines sur-prenantes , formerent les fonds de ceballet , un des plus ingénieux & des plusgalants qui aient été représentés en Europe.

On donna le second à la même couren 1634, pour la naissance du cardinalde Savoie. Le sujet de ce ballet étoit laVerita nemica délia apparenta solle-yata dal tempo.

Au lever de la toile on voyoit unchœur de Faux-Bruits & de Soupçons,qui précédoient l’Apparence & le Men-songe.

Le fond du théâtre s’ouvrit. Sur ungrand nuage porté par les vents, on vitl'Apparence vêtue d’un habit de couleurschangeantes , & parsemé de glaces demiroir , avec des ailes, & une queue depaon; elle paroiffoit comme dans uneespece de nid d’où sortirent en foule lesMensonges pernicieux , les Fraudes, lesTromperies, les Mensonges agréables ,les Flatteries, les Intrigues, les Men-songes bouffons , les Plaisanteries, lesjolis petits Contes.

Ces personnages formerent les diffé-rentes entrées , après lesquelles l.s Tempsparut. II chassa l’Apparence , il fit ouvrirle nuage fur lequel elle s’étoit montrée.On vit alors une grande horloge à fable,de laquelle sortirent la Vérité & les Heu-res. Ces derniers personnages, après dif-férents récits analogues au sujet, forme-rent les dernieres entrées , qu’on nommele grand ballet.

Par ce court détail, on voit que cegenre de spectacle réuniíïòit toutes lesparties qui peuvent faire éclater la magni-ficence & le goût d’un souverain ; il exi-eoit beaucoup de richesiè dans les ha-its , & un grand foin pour qu’ils fussenttoujours du caractère convenable. 11 falloirdes décorations en grand nombre, & des

BAL

machines surprenantes. Voye\ DÉCORA-TION & Machine.

Les personnages d’ailleurs du chant &de la danse en étoient presque toujoursremplis par les souverains eux - mêmes ,les seigneurs & les dames les plus aimablesde leur cour ; & souvent à tout ce qu’onvient d’expliquer, les princes qui leurdonnoient ces sortes de fêtes ajoutoient desprésents magnifiques pour toutes les per-sonnes qui y représentoient des rôles ; cesprésons étoient donnés d’une maniéré d’au-tant plus galante , qu’ils paroistòient fairepartie de faction d u ballet. Voy. SAPATE.

En France, en Italie, en Angleterre ron a représenté une très-grande quantitéde ballets de ce genre : mais la cour deSavoie semble savoir emporté dans cesgrands spectacles fur toutes les cours deì’Europe. Elle avoir le fameux comted’Aglié, le génie du monde le plus féconden inventions théâtrales & galantes. Legrand art des souverains en toutes chosesest de savoir choisir ; la gloire d’un régnédépend presque toujours d’un homme misà fa place , ou d’un homme oublié.

Les ballets représentés en France jusoqu’en l’année 1671 , furent tous de cegrand genre. Louis XIV. en fit exécuterplusieurs pendant fa jeunesse, dans les-quels il dansa lui-même avec toute facour. Les plus célébrés sont le ballet desProspérités des armes de la France,dansé peu de temps après la majorité deLouis XIV. Ceux d’ Hercule amoureux ,exécuté pour son mariage , d’ Alcidiane ,dansé le 14 février i6ç8 ; des Saisons ,exécuté à Fontainebleau le 2.3 juillet1661 ; des Amours déguisés , en 1664, fisc.

Les ballets de l’ancienne cour furentpour la plupart imaginés par Benserade,Il faisoit des rondeaux pour les récits ; &il avoir un art singulier pour les rendreanalogues au sujet général , à la per-sonne qui en étoit chargée, au rôlequ’elle représentoit, & à ceux à qui lesrécits étoient adressés. Ce poète avoir untalent particulier pour les petites partiesde ces sortes d'ouvrages ; il s’en fautbien qu’il eût autant d’art pour leur in-vention & pour leur conduite.

Lors de rétablissement de l’opéra en