BAL
Les mémoires qui nous restent fur lesballets des anciens Grecs font conjecturerqu’ils en avoient auffi de deux especes:les uns formoient un drame d’un genreparticulier ; les autres faisoient simple-ment partie d’un spectacle dramatique.Les ballets des anciens étoient tous ca-ractéristiques ; ils repréfentoient des usa-ges ou des actes publics & nationnaux ,ou ils étoient des imitations de quelquesévénements particuliers.
§. Ballet , {Musique.) la musiqued’un ballet doit avoir plus de cadence& d’accent que la musique vocale, parcequ’elle est chargée de signifier plus dechoses *, c’est à elle feule d’infpirer audanseur la chaleur & V expression que lechanteur peut tirer des paroles, & qu’ilíaut , de plus, qu’elle supplée , dans lelangage de l’ame & des passions , toutce que la danse ne peut dire aux yeuxdu spectateur.
Ballet, est encore le nom qu’ondonne en France à une bizarre sorte d’o-péra, où la danse n’est guere mieux placéeque dans les autres, & n’y fait pas unmeilleur effet. Dans la plupart de ces, les actes forment autant de sujetsdistérents, liés seulement entr’eux parquelques rapports généraux étrangers àfaction , & que le spectateur n’apperce-vroit jamais, si fauteur n’avoit loin del’en avertir dans le prologue.
Ces ballets contiennent d’autres bal-lets , qu’on appelle autrement divertisse-ments ou fêtes. Ce font des suites dedanses qui se succèdent sans sujet , niliaison entr’elles , ni avec Faction prin-cipale , & où les meilleurs danseurs nelavent vous dire autre chose , sinon qu’ilsdansent bien. Cette ordonnance peu théâ-trale suffit pour un bai où chaque acteura rempli son objet, lorsqu’il s’est amuselui-même , & où l’intérêt que le specptateur prend aux personnes , le dispensed’en donner à la chose : mais' ce deíautde sujet & de liaison ne doit jamais êtresouffert fur la scene ; pas même dans lareprésentation d’un bal , où le tout doitêtre lié par quelque action sécrété quisoutienne l’attention , & donne de l’in-terét au spectateur. Cette adresse d au-
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teur n’est pas fans exemple, même àl’opéra François , & l’on en peut voirun très-agréaíste dans les fêtes Vénitien-nes , acte du bal.
En général, toute danse qui ne peintrien qu’elle-méme , & tout ballet quin’est qu’un bal , doivent être bannis duthéâtre lyrique. En effet, Faction de lascene est toujours la représentation d’uneautre action , & ce qu’on y voit n’estque l’image de ce qu’on y suppose ; deforte que de ne doit jamais être un tel,ou un tel danseur qui sc présente à vous ;mais le personnage dont il est revêtu.Ainsi , quoique la danse de société puissene rien représenter qu’elle-même, la dansethéâtrale doit nécessairement être l’imi-tation de quelqu’autre chose ; de mêmeque Facteur chantant représente un hommequi parle, & la décoration d’autres lieuxque ceux qu’elle occupe.
La pire forte de ballets est celle quiroule fur des sujets allégoriques, & oùpar conséquent il n’y a qu’imitation limi-tation. Tout Fart de ces sortes de dramesconsiste à présenter, fous des images sensi-bles , des rapports purement intellectuels ;& à faire penser au spectateur , touteautre chose que ce qu’il voit, comme si ,loin de Fattacher à la scene, c’étoit unmérite de l’en éloigner. Ce genre exige ,d’ailleurs , tant de subtilité dans le dia-logue , que le musicien se trouve dansun pays perdu parmi les pointes , les allu-sions & ses épigrammes , tandis que lespectateur ne' s’oublie pas un moment :comme qu’on fasse, il n’y aura jamaisque le sentiment qui puisse amener celui-ci sur la scene & l’identifier , pour ainsidire , avec les acteurs ; tout ce qui n’estqu’intellectuel Farrache à la piece, & lerend à lui-même. Auffi voit-on que lespeuples qui veulent & mettent le plusd’esprit au théâtre , sont ceux qui se sou-cient le moins de Fillusion. Que fera doncle musicien fur des drames qui ne don-nent aucune prise à son art ? si la musiquene peint que des sentiments ou des ima-ges , comment rendra-t-elle des idéespurement métaphysiques, telles que lesallégories, où l’esprit est sans cesse occupédu rapport des objets qu’on lui présen-