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Tome quatrième.
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BAR

BARDE ou Baird , Hìjl. littéraire. )c’est ainsi qu’on nommoit les poëtes &les chantres de là guerre , parmi les Gau-lois , les Bretons , les Germains, & dontnous pouvons, fans aucune eí’pece deconfusion , réunir l’histoire avec celle desScaldes , qui étoient proprement les poë-tes de la Scandinavie.

On ne connoît pas aujourd’hui le véri-table sens d u mot baird , parce que c’estun terme radical, qui n’a par conséquentpoint de racine , comme beaucoup fl’au-tres monosyllabes dans le celtique & letudefque. Il faut dire ici que c’est uneabsurdité trés-grande de la part des éty-mologistes de vouloir qu’il dérive à&Bar-dus , ce phantôme de roi, qu’on fait ré-gner dans la Gaule, eu un temps où laGaule n’obéiílòit encore à aucun roi.C’est vraisemblablement par une pureconjecture , que Sulpitius , en expliquantce vers de la Pharfale,

Plurima fecuri fudijli carmina , Bardi.

assure que baird signifioit en Celtique unchantre.

Les bardes , avant que d’étre corrom-pus p ir l’efprit de flatterie , & avant quede s’ètre trop multipliés par l’amour del’oisiveté , ont rendu de temps en tempsde grands services à leur patrie , en com-posant des odes ou des chansons guer-rières , qui répandoient le feu de fhé-roïsme dans l’ame des combattants. Onne sauroit se former une meilleure idéede ces odes , qu’en les comparant à cellesdeTyrtées, dont il nous reste heureuse-ment quelques fragments précieux, par-mi les ruines de la littérature Greque. Lesbardes n’avoient pas Pélégance & la subli-mité de Tyrtée; mais ils avoient quel-quefois fa force avec plus de rudesse. Etvoilà à quoi il falloit s’en tenir dans lejugement qu’on a porté en Angleterre ,touchant les poèmes du barde Oísian ,fils de Fingal, que des enthousiastes ontosé placer entre Homere & Virgile , &cela dans un temps où beaucoup de sa-vants accu soient encore les ouvrages der»et Ecoflòis d avoir été supposés, soit parJames Macpherson , qui les a traduits duceltique, soit par quelque autre. H est

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vrai que ces soupçons se sont dissipés, &que les étrangers ont témoigné & témoi-gnent encore de l’empreflèmentà tradui-re ces poèmes en leur langue ; nous avonsmême fous les yeux une traduction Alle-mande de Pan 1769 ; mais cela ne sau-roit en augmenter le mérite , aux yeuxde ceux qui jugent des poëtes en philo-sophes. Au reste, si Oísian a vécu dans lecinquième siecle de notre ere, ce qui estpour le moins aussi probable que de lefaire vivre dans le troisième , il a pu êtreplus instruit qu’on ne le croit commu-nément ; car c’est une observation à l’é-gard des Bretons , que de tous les bar-bares subjugués , ils furent les premiersà prendre l’habit, les mœurs & les usa-ges des Romains, & cela même , dit Ta-cite , dans la vie d’Agricola, fit une par-tie de leur servitude, mais cette servi-tude ne dura point. Si du temps de Ju-vénal , on trouvoit déja dans la grandsBretagne des hommes qui y prenoientdes leçons de rhétorique , pourquoi nenous seroit-il point permis de supposeraussi, qu’on y trouvoit des hommes quiprenoient des leçons de poésie ?

Gallia caujjidicos docuit facunda Brìtannos.

On est très-étonné, lorsqu’on lit dansl’histoire de la Suede , du Danemarck,& sur-tout dans celle de I’Irlande, à queldegré de puissance & de considération lesscaldes & les bardes y étoient insensible-ment parvenus. On leur avoit accordébeaucoup de privilèges, & ils en avoientusurpé beaucoup d’autres. Enfin , ilss’étoient excessivement multipliés. Latroisième partie de toute la nation Irlan-doife , dit M. Keating, ( Gen. Hist. of.Jrland. part. II. ) s’arrogent le titre -debarde , & il se peut qu’il n’y avoit pointd’autre moyen pour se délivrer du tributqu’il falloit leur payer, qu’en se déclarantmembre de leur corps ; car dans ce pays-là, ils formoient effectivement un corps,dont les chefs étoient nommés filea ouallamhredan , & en langue Cambro Bre-tonne , ben-baìrdhe , ce qui signifie à-peu-près mot pour mot docteurs en poésie.Ces ben-bairdhe dirigeoient chacun 30bardes , inférieurs en qualité & en mérite,